Le Conseil des Etats a évité de justesse, jeudi, de se fâcher avec le monde agricole. Par 19 voix contre 17, il a en effet refusé, contrairement à ce que lui recommandaient le Conseil fédéral et la majorité de sa commission, la suppression de la restitution aux agriculteurs, forestiers et pêcheurs professionnels, de la taxe sur les carburants. La décision contraire aurait constitué un casus belli et aurait sans doute à nouveau fait descendre les paysans dans la rue, pour la première fois depuis les manifestations de la fin des années 90. Les esprits commencent en effet à s'échauffer, dans les campagnes et dans les organisations agricoles, après la mise en consultation des projets élaborés à l'enseigne de la politique agricole (PA) 2011.

C'est une évidence de relever que les tracteurs agricoles, les engins forestiers et les bateaux de pêche ne fréquentent guère les routes nationales, à l'entretien desquelles la taxe est dévolue. Mais surtout les 70 millions dont le budget de la Confédération aurait été ainsi allégé seraient venus en déduction d'un revenu agricole en régression constante. Cela au moment même où l'Autriche a introduit une telle rétrocession, le 1er janvier dernier, rejoignant dans cette pratique les autres Etats européens. Tout en reconnaissant la pertinence de ces arguments, la majorité de la commission refusait de faire une exception pour l'agriculture. Le plenum a néanmoins donné raison au démocrate-chrétien thurgovien Philipp Stähelin et au radical tessinois Dick Marty, ce dernier refusant que «la Suisse riche fasse des économies sur le dos d'une partie de la population qui est loin d'être privilégiée».