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A la coopérative Les Jardins de Cocagne, à Avusy, Vaud, avril 2016.
© Keystone / CHRISTIAN BEUTLER

Alimentation

L’agriculture de proximité foisonne en Suisse romande

Paniers à domicile, cueillette à la ferme, supermarchés participatifs: les circuits courts et la vente directe du producteur au consommateur ont la cote. Mais que pèse cette consommation alternative face aux mastodontes de la grande distribution?

Valorisation des produits de saison et de proximité, réduction des trajets entre le produit et les consommateurs: des tendances à l’œuvre, même encore modestement, dans le marché agricole. Nous les évoquons dans un diptyque dont voici le premier épisode.

Deuxième épisode: «Un secteur innovant, dynamique et très diversifié»

Voir aussi notre page consacrée à l'économie inclusive.

«J’ai testé les paniers de légumes bios livrés à domicile pendant quelques mois pour manger des produits sains, de saison, avec du goût et cultivés localement. Mais j’ai vite abandonné car cela me coûtait trop cher: environ 69 francs le panier, avec des frais de livraison en plus», témoigne Sabine, mère de famille de la région lausannoise, qui était cliente chez VitaVerDura.

Faut-il voir dans ce témoignage un signe d’essoufflement de l’agriculture de proximité, alors que le peuple se prononcera le 23 septembre sur deux initiatives qui mettent toutes deux en avant l’approvisionnement local?

«Nous fournissions en moyenne 250 paniers par semaine», répond Joël Saurina, cofondateur et directeur de VitaVerDura, une société de sept personnes, fondée il y a sept ans à Rolle, et qui réalise un chiffre d’affaires de plus d’un million de francs.

Lire aussi: L’agriculture urbaine bourgeonne en Suisse romande

Des hausses de 5 à 10% par an

Selon lui, «les chiffres sont en progression de 5 à 10% par année. Si certains clients testent notre modèle quelques mois avant de se tourner vers d’autres initiatives ou pour acheter directement chez les producteurs, c’est tant mieux. Notre but est d’encourager la production locale. Nous œuvrons tous dans la même direction.»

Cette PME propose des paniers thématiques, des produits d’épicerie, de la viande, du poisson et même des barres de céréales élaborées localement mais contenant des insectes comestibles importés de l’Union européenne.

Des dizaines d’acteurs

VitaVerDura ne cultive rien directement, mais travaille avec environ 150 fournisseurs régionaux. Cet intermédiaire se défend de pratiquer des prix plus chers que ceux de la concurrence. «Et contrairement à la grande distribution, nous ne négocions pas les prix avec les producteurs», affirme Joël Saurina.

C’est un modèle qui marche mais c’est épuisant. Nous ne connaissons jamais à l’avance le nombre de commandes qui seront passées

Gérard Constantin, producteur valaisan

Même s’il n’existe pas de chiffres officiels, on compterait des dizaines d’intermédiaires en Suisse de type VitaVerDura. Certains ont disparu mais d’autres se créent régulièrement. Bio Me Up, Farmy, Vitamine locale ou Label Bleu, notamment, livrent dans toute la Suisse romande, essentiellement à des familles jeunes et urbaines.

Quel pourcentage de la consommation nationale cet écosystème fondé sur l’agriculture de proximité représente-t-il? Les principaux acteurs évoquent à peine quelques pour cent. Mais ces miettes suscitent néanmoins l’intérêt des grands distributeurs, à l’exemple de Coop@Home. Le géant de l’agroalimentaire propose des boîtes – garanties recyclables – de fruits et légumes bios livrées à domicile. Les produits proviendraient de «petites exploitations durables» suisses.

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Le producteur fixe ses prix

«Les clients choisissent leurs produits à la carte et les commandes sont passées à la pièce, ce qui nous évite d’avoir des stocks ou de jeter de la marchandise», affirme Noémie Thoos chez Label Bleu. Cette société neuchâteloise d’une dizaine de personnes livre plus de 800 paniers par semaine à ses clients, dont certains semblent toutefois insatisfaits par la procédure à effectuer pour confirmer sa commande.

Pour faire face à la demande et offrir une gamme de produits aussi vaste que possible, Label Bleu fait quelques exceptions à son slogan de «Grande épicerie régionale en direct des producteurs de votre région». Elle importe certains fruits, en passant par la coopérative des producteurs Terra Viva. C’est le cas pour les agrumes, les melons ou les bananes.

Circuit court

Une autre solution s’offre au producteur: le circuit court, qui limite les intermédiaires entre l’agriculteur et le consommateur. Longtemps cantonné à quelques cercles militants, ce modèle alternatif devient de plus en plus populaire.

En Valais, le producteur Gérard Constantin a été tenté par cette expérience. «C’est un modèle qui marche mais c’est épuisant, estime-t-il. Comme nous ne voulons pas imposer à nos clients un modèle d’abonnement, nous ne connaissons jamais à l’avance le nombre de commandes qui seront passées. Parfois, l’été, nous ne livrons que 80 paniers alors que durant la saison des asperges, en avril-mai, on monte à 200.»

Pour quelle raison se lancer?

Pourquoi s’est-il lancé dans ce commerce? «Pour ne plus dépendre des distributeurs, gagner en autonomie et défendre le commerce de proximité. La grande distribution nous achète le kilo de pommes à 2,20-2,40 francs, mais nous ne touchons ce prix qu’après triage des produits. Les pommes tachées ne sont pas gardées. Nous leur vendons au final que 60 à 80% de la production», précise Gérard Constantin. Il dit toucher entre 1,50 et 1,80 franc le kilo pour des produits vendus en grande surface à 5,50-6 francs le kilo. «Dans mes paniers, je propose ces mêmes pommes à 3,80 francs le kilo», précise-t-il.

La Ferme du Taulard, à Romanel (VD), préfère le modèle de l’abonnement. «Nous faisons le marché de Lausanne et distribuons aussi 140 paniers par semaine. Les commandes sont stables depuis douze ans et nous permettent d’écouler environ 15 à 20% de notre production», précise Samuel Pache, propriétaire, avec son frère, de la Ferme du Taulard.

La cueillette se modernise

Dans un monde hyperconnecté et virtuel, certains consommateurs veulent toucher la terre, désherber, biner et récolter. La cueillette propose de nouveaux modèles d’affaires et attire des citadins désireux de retrouver un contact avec le monde paysan. Pour 58,33 francs par mois, les adhérents des Cueillettes de Landecy, à Meyrin, bénéficient de deux arbres fruitiers, huit framboisiers, un demi-mûrier, un groseillier, un cassissier, un demi-groseillier à maquereaux, environ dix pieds de vigne, des fruits sauvages et 70 m² de jardin potager avec des légumes de saison, des salades, des herbes et des plantes médicinales. Le tout encadré par une équipe de jardiniers connectés via le site web de l’association.

En Suisse, il y a pléthore d’initiatives de ce type, visant une agriculture locale, écologique, sociale, solidaire et à taille humaine. Elles sont répertoriées par la Fédération romande d’agriculture contractuelle de proximité (FRACP). Rien que pour le canton de Vaud, on trouve l’association TerreFerme, le Domaine de la Perrole, la Ferme du Taulard, le Panier Bio à Deux Roues, le Panier Bio des 3 Vallons, le Potager du Grainier, les Jardins d’Ouchy, les Jardins de Nyon, les Jardins du Flon, les Jardins du Mont ou Lumière des Champs.

Nestlé intéressé

«Ce genre d’initiatives est en progression, estime Gaëlle Bigler, présidente de la FRACP qui soutient les initiatives du 23 septembre. Il y a en moyenne 150 membres dans les initiatives d’agriculture contractuelle de proximité. Les plus grosses en ont 600, à l’exemple de Notre Panier Bio à Fribourg, suivi par les Jardins de Cocagne à Genève avec environ 400 membres. Nous ne représentons peut-être qu’une partie de la consommation, mais c’est un secteur extrêmement dynamique. J’en veux pour preuve que Thomy, qui appartient à Nestlé, nous a contactés pour un partenariat dans le cadre du lancement de leur mayonnaise végane en Suisse…»


L’essor des supermarchés participatifs

Les supermarchés collaboratifs commencent à se développer en Suisse, à l’exemple du Nid à Genève ou de la Fève à Meyrin. On les appelle les magasins de circuit court, où chacun peut devenir l’acteur de sa propre consommation.

Ce sont des commerces, mais aussi des lieux d’échanges et de partage autour de la nourriture. Les clients sont des coopérateurs qui s’engagent à donner quelques heures de leur temps au magasin – un peu plus de deux heures chaque mois. Ils travaillent à la caisse, à la mise en rayon ou au conditionnement. En outre, ils doivent acheter une part sociale de 100 francs, au minimum, pour avoir le droit de faire leurs courses.

Micro-système

Ce type de modèle permet de réaliser des économies de salaires et d’afficher des prix moins élevés que dans les supermarchés traditionnels, notamment dans le bio. Quant aux marges pratiquées, elles sont évaluées à 20%. «Nous voulons créer un micro-système agroalimentaire local, indépendant, artisanal et participatif. Ensemble, nous avons une occasion unique de recréer toute une filière alimentaire au sein d’un même quartier», explique Lucie Buttex, chargée de communication de la Fève, une association qui regroupe 400 membres et qui s’est directement inspirée de La Louve à Paris et de Park Slope Food Coop. Ce supermarché participatif, installé à Brooklyn depuis les années 1970, compte aujourd’hui 17 000 membres.

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