Retrouver un travail, alors que le marché de l'emploi est toujours plus dur et qu'à la maladie s'ajoutent les conséquences d'une inactivité prolongée: l'objectif semble impossible. Les personnes qui s'adressent à l'assurance invalidité (AI) ont très souvent atteint un point si éloigné d'une possible intégration professionnelle qu'il semble celui du non-retour, estime le président de la Conférence des directeurs des offices AI, Andreas Dumermuth. Pourtant, selon la devise de l'AI – «la réinsertion avant la rente» – le versement d'une allocation doit être le dernier recours. Pour l'équilibre de la personne concernée et, accessoirement, des caisses de l'AI.

Mais les obstacles ne manquent pas. A commencer par les entreprises qui ne peuvent ou ne veulent engager des personnes handicapées, faute de structures adaptées. A la fondation Intégration pour tous (IPT), on refuse toutefois de partir de ce constat. Certes, il ne suffit pas de fournir une nouvelle formation à une personne confrontée à des problèmes de santé pour qu'elle soit immédiatement réinsérable, et c'est peut-être la raison de nombreux échecs. Mais Christine Théodoloz-Walker, directrice générale de la Fondation IPT, a une conviction: préparées, encadrées, suivies, bon nombre de ces personnes sont capables de réintégrer le marché du travail, avec succès.

Présente en Valais, à Genève, à Fribourg et dans le canton de Vaud, fondée il y a 30 ans par des chefs d'entreprise, la fondation se veut une entreprise privée, dans son fonctionnement, comme dans sa gestion. Ainsi, la contribution des deniers publics ne consiste pas en subventions, mais en contrats de prestations. Ce sont en effet les offices cantonaux de l'AI, offices régionaux de placement ou services sociaux qui, le plus souvent, lui adressent les candidats. A la fois centre de formation et agence de placement spécialisée, IPT se charge d'encadrer toute personne atteinte dans sa santé au point d'en être entravée dans son accès au marché du travail. Parmi les candidats, un tiers sont au bénéfice d'une rente AI, un tiers en ont fait la demande, tandis que les autres n'ont pas sollicité de rente.

Avant tout, un bilan socioprofessionnel doit permettre de cerner les capacités, les aspirations et les réserves imposées par la santé du candidat. Avec un éventuel un stage d'observation. Fabienne Théodoloz-Walker explique: «Il s'agit d'amener le candidat à développer son propre projet. Ensuite, il n'aura aucune difficulté à le défendre lui-même par exemple à l'Office cantonal de l'AI.» Vient ensuite l'étape de la préparation: entretiens, ateliers collectifs et stages en entreprises, avant le placement fixe ou temporaire. La Fondation dispose d'un carnet d'adresse documenté de près de 4000 entreprises avec lesquelles elle collabore régulièrement.

A entendre Fabienne Théodoloz-Walker, le succès de la démarche est sans mélange. 1300 contrats de travail sont signés par année et le taux de satisfaction des entreprises appartenant au réseau est de 90%. «C'est d'autant plus remarquable que la moitié des personnes concernées sont sans formation et ont plus de 50 ans. A quoi s'ajoutent, pour 60%, plus de quatre ans de chômage et, pour tous, des problèmes de santé», relève Christine Théodoloz-Walker. En moyenne, un placement coûte 7000 francs, «mais le retour sur investissement est sans commune mesure.» Si certains des candidats ne sont pas réinsérables dans le cadre des perspectives offertes par la fondation, tous partent avec un projet: «Par exemple suivre une cure de désintoxication ou, parfois aussi, demander une rente AI complète. Rien n'empêche qu'ils reviennent un jour à IPT.»

Le modèle de la fondation romande fait école. Avec sa collaboration, Pro Infirmis a créé en Suisse alémanique la Fondation Profil: même schéma et réussite comparable.

Avec la 4e révision de l'AI, les offices cantonaux devront également s'y mettre. La loi actuelle leur demande de faire ce qui est possible pour l'intégration professionnelle: dès le 1er janvier 2004, elle les obligera à un «soutien actif». A la Fédération pour l'intégration des handicapés, le secrétaire général Thomas Bickel observe: «Certains offices se démènent depuis longtemps pour aider concrètement les gens à trouver un poste. D'autres se contentent de transmettre les annonces d'emploi des journaux.» Ce qui ne l'empêche pas d'être inquiet: les offices AI avaient demandé 200 nouveaux postes pour remplir leur nouvelle fonction. Or l'Office fédéral des assurances sociales leur en a octroyé 30 pour toute la Suisse. Un chiffre qui correspond aux besoins, selon la responsable de l'AI à l'OFAS Béatrice Breitenmoser. Elle ajoute que les petits offices seront appelés à collaborer sur le plan régional et que rien ne les empêche de continuer à confier des mandats à des organismes comme IPT.

Andreas Dumermuth reste perplexe: «Qu'on ne vienne pas me dire que c'est une question financière. L'AI charrie 9 milliards de francs. Mais on préfère continuer à les dépenser en rentes.» Au parlement, la présidente de la Commission du National, Thérèse Meyer (PDC/FR), ne pense pas autrement. «Le législateur n'ayant pas seulement à édicter les lois, mais aussi à surveiller leur application», elle compte bien, à l'automne, interpeller Pascal Couchepin sur les moyens qu'il entend consacrer à l'application de cette 4e révision.