Quarante ans de confrontation avec les inégalités sociales. En ne cessant d'apporter une aide aux personnes en difficulté et de proposer des réponses aux nouveaux besoins, le Centre social protestant (CSP) n'est pas seulement devenu depuis sa création, en 1961, une sorte de baromètre de la précarité, mais aussi un véritable miroir des problèmes de société.

Cette capacité à s'adapter aux nécessités du moment a conduit l'institution à jouer les précurseurs, en ouvrant déjà en 1984, à Lausanne, un espace pour accueillir les personnes concernées par un nouveau fléau: le sida. «Point Fixe», un lieu destiné d'abord à recevoir et à accompagner les homosexuels ainsi que les prostituées, s'est ainsi tout naturellement investi à cette époque dans la lutte contre cette maladie. La prévention ne s'est cependant pas concentrée sur ces deux catégories de personnes mais aussi auprès de la jeunesse en général, par l'organisation de consultations dans différents endroits, comme des concerts ou des festivals.

Cette force de réaction ne date pas des années 80. Le CSP l'a pratiquée dès sa création, en lançant «Action loyer» afin de venir en aide aux individus ou familles confrontés à une hausse des loyers provoquée par une pénurie d'habitations. Cette prise en charge de tous les problèmes liés au logement a donné naissance, cinq ans plus tard, à un comité de coordination pour l'information et la défense des locataires. Un comité qui est devenu plus tard

l'AVLOCA – Association vaudoise des locataires. C'est aussi au cours de ces années 60 que le CSP a mis en place sa première permanence sociale à l'intention des immigrés, afin de répondre, notamment, aux questions pratiques des travailleurs arrivant par vagues successives. Cette implication envers les personnes fragilisées, sans distinction d'origine ni de confession, a poussé le CSP à s'investir encore dans le Jura bernois ainsi que dans les cantons de Genève et de Neuchâtel.

Les problèmes liés aux requérants d'asile, aux jeunes, aux familles monoparentales, au chômage, au surendettement, entre autres, sont aussi sujet de questionnement pour le CSP. Comme certains de ces problèmes trouveraient des solutions grâce à un changement des cadres légaux, l'institution s'est engagée au fil des années dans des projets de politique sociale. Sa connaissance du terrain «en fait d'ailleurs un observateur privilégié», analyse Caroline Regamey. Aussi, cette jeune sociologue, chargée de recherches au CSP-Vaud, revendique pour l'institution un droit de sortir du simple rôle de consulté par les autorités pour s'immiscer dans les débats parlementaires, de prendre position comme n'importe quel groupe de pression. Ce genre de démarche «n'est pas toujours allé de soi, précise Caroline Regamey. Par le passé, certains ont considéré que cette forme d'engagement sortait du rôle de l'Eglise.» Des crises, il y en a eu.

Que reste-t-il de protestant?

Alors que l'institution célébrait son dixième anniversaire, en pleine période de conflits liés au travail, des membres de la commission théologique apportent leur soutien à quatorze Espagnols licenciés par Bobst. Le communiqué qu'ils publient avait déclenché de sérieuses tensions au sein du CSP, l'obligeant à clarifier son engagement «politique». De croisade contre le petit crédit en campagne pour l'octroi des droits civiques aux immigrés, que subsiste-t-il de protestant aujourd'hui dans ce centre social créé par différents services d'entraide de l'Eglise réformée? A part un sens de l'éthique, son directeur, qui est pasteur, reste le financement.

Les actions sociales individuelles et collectives ainsi que les interventions du CSP sont essentiellement soutenues par l'Eglise protestante, des dons privés et, pour une petite part, par des subventions publiques. Le budget de fonctionnement ne cessant de gonfler, plus de 5 millions actuellement, l'institution profite de son quarantième anniversaire pour lancer une nouvelle campagne de récolte de fonds dès le mois de mars.