Les compagnies de navigation et les autocaristes souffrent durement du ralentissement des activités économiques, surtout touristiques. Les premières espéraient se refaire une santé durant l’été après avoir dû reporter le début de leur saison. Mais une décision prise par le Conseil fédéral le 1er juillet, entrée en vigueur six jours plus tard, les a déçues. Lorsqu’il a imposé le port du masque dans les transports publics, le gouvernement n’a pas voulu faire d’exception pour les bateaux: l’obligation de se couvrir le nez et la bouche était aussi valable sur les ponts extérieurs des bateaux.

Cela a eu un effet négatif sur la fréquentation. L’Association des entreprises suisses de navigation (AESN) et la majorité des compagnies affiliées ont tiré la sonnette d’alarme: l’obligation de porter un masque au grand air a retenu une partie de la clientèle potentielle de faire des croisières lacustres. La branche a écrit à Alain Berset le 24 juillet pour demander une libération de cette obligation. Selon l’AESN, la baisse de la demande était de 50% en moyenne depuis le mois de juin et de 80% depuis le début de l’année. En contrepartie, les entreprises étaient prêtes à limiter la capacité de leurs navires à 50%, comme c’était le cas avant le 6 juillet.

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La réponse du conseiller fédéral s’est fait attendre un mois. Le 28 août, Alain Berset a écrit que, comme le nombre de cas d’infections était à nouveau en augmentation, le moment n’était pas venu de faire une exception. Il invoquait le fait que le port du masque était mieux accepté par la population si l’on ne faisait aucune exception. Entre-temps, plusieurs sociétés de navigation ont pris la décision de réduire leur offre. Ainsi, la compagnie BLS, qui exploite les liaisons lacustres des lacs de Thoune et de Bienne, ont renoncé à plusieurs courses à partir du 10 août. Sa consœur du lac de Bienne (BSG) a fait de même et la société des lacs de Neuchâtel et Morat (LNM) a réduit son offre dès le 31 août.

Soutiens sous conditions

Face à l’inflexibilité du Conseil fédéral, la branche a misé sur un autre instrument, avec davantage de succès. Lundi, le Conseil des Etats a décidé à l’unanimité d’intégrer les transports touristiques dans le périmètre des aides financières que la Confédération va accorder au secteur de la mobilité. Les sociétés de navigation et de téléphérique pourront obtenir un soutien financier fédéral, si trois conditions sont remplies. Premièrement, les entreprises concernées doivent être au bénéfice d’une concession de transport de voyageurs et être également soutenues par un ou plusieurs cantons. Deuxièmement, les pertes financières dues au Covid-19 subies entre le 1er mars et le 30 septembre 2020 doivent dépasser le bénéfice net généré durant les exercices 2017 à 2019, une fois les réserves déduites. Troisièmement, aucun dividende ne doit être versé ni en 2020 ni en 2021. La ministre des Transports, Simonetta Sommaruga, reconnaît que ces critères sont suffisamment stricts pour que cette aide soit ajoutée au dispositif prévu par le Conseil fédéral.

Selon une estimation grossière, ce soutien devrait coûter entre 50 et 100 millions à la Confédération. Il s’ajoute aux 700 millions proposés par le Conseil fédéral pour compenser les pertes enregistrées ce printemps par les entreprises de transport public. De cette somme, 290 millions sont destinés au trafic régional, 70 millions au fret ferroviaire et 330 millions au fonds d’infrastructure ferroviaire (FIF). La Confédération pourra aussi soutenir financièrement le trafic local et le chargement de véhicules sur le train.

Situation dramatique pour les autocaristes

Cette décision mettra un peu de baume sur la mauvaise saison réalisée par les compagnies lacustres. Les autocaristes, eux, attendent toujours une aide. «Malgré la levée des restrictions officielles, la situation ne s’améliore pas. Le nombre de réservations reste très faible», explique Pascal Fragnière, porte-parole de l’Association suisse des transports routiers (Astag), qui défend les intérêts de ce secteur particulier. Celui-ci souffre de l’absence de manifestations sportives et culturelles d’envergure ainsi que de la suppression de nombreuses courses d’école, sorties d’associations et excursions à l’étranger. «Les entreprises les plus touchées sont les voyagistes et excursionnistes purs, qui sont souvent des PME familiales», note Pascal Fragnière. Celles qui ont des activités mixtes, comme de la sous-traitance pour CarPostal ou d’autres concessionnaires régionaux ou font du transport scolaire, s’en sortent un peu moins mal.

Dans un appel urgent, les autocaristes demandent au Conseil fédéral la prolongation des allocations pour perte de gain (APG), du chômage partiel, des allégements fiscaux et des crédits Covid-19. Ils demandent que ces crédits soient imputés aux fonds propres afin d’éviter des situations de surendettement. Ils souhaitent encore que la possibilité de demander des prêts relais pour des cas de rigueur soit prolongée jusqu’en 2021. Quant au délai de remboursement, il devrait être de dix ans au lieu de cinq ou sept comme l’a prévu le Conseil fédéral.