France voisine

L’Ain n’attend plus Genève pour prendre le tram

Le département veut financer seul le prolongement de la ligne 18 jusqu’à Saint-Genis-Pouilly. La réalisation du chaînon manquant entre le CERN et la frontière incombera au canton

L’Ain veut aller plus vite que le tram genevois

Mobilité Le département veut financer seul le prolongement de la ligne 18 jusqu’à Saint-Genis-Pouilly

La réalisation du chaînon manquant entre le CERN et la frontière incombera au canton

Rachel Mazuir, le président du Conseil général de l’Ain, a décidé, selon son expression, «de foncer». Face aux tergiversations genevoises en matière de mobilité transfrontalière, il va présenter lundi, lors de la session exceptionnelle du Conseil général de l’Ain, à Bourg-en-Bresse, un plan de financement du prolongement de la ligne 18 (tram Cornavin-Meyrin-CERN ou TCMC) jusqu’à Saint-Genis-Pouilly. «Nul doute que le projet sera voté, peut-être même à l’unanimité, estime le président du département. Il restera par la suite 300 mètres à réaliser sur le territoire suisse entre le CERN et la frontière française; je compte sur François Longchamp pour convaincre les autorités cantonales de réaliser cette continuité, une ligne tronquée ne servant à rien.»

Rachel Mazuir dit se faire l’écho de beaucoup d’élus de France ­voisine, dont son homologue haut-savoyard Christian Monteil, qui ­regrettent vivement les blocages actuels en matière de mobilité, hormis le CEVA (liaison Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse), dont les travaux avancent (avec du retard) et dont les financements suisses et français sont bouclés. Le CEVA ne pouvant atteindre un bon rendement que si le maillage de la région est serré, Rachel Mazuir s’est engagé dans «une course contre la montre pour arriver à l’heure et inciter les autres à l’imiter». «J’ai provisionné 17 millions d’euros sur un total de 50 millions que coûte ce prolongement. Je n’aime pas l’argent qui dort et puisqu’on est opérationnel, on y va!» déclare-t-il. L’Ain fera donc sans l’aide escomptée des autorités suisses, évaluée à 18 millions d’euros, en tant que mesure inscrite dans le projet d’agglomération Grand Genève de deuxième génération.

«Nous avions pourtant le sentiment d’avoir signé avec les autorités cantonales un accord de contribution spécifique genevoise de l’ordre de 240 millions d’euros sur dix années, mais il semble qu’il n’en est plus question à la suite de la votation locale sur les P + R dont l’issue s’est avérée défavorable», regrette Rachel Mazuir. De plus, la Confédération a rendu courant 2014 une décision classant en priorité B le prolongement du tram jusqu’à Saint-Genis-Pouilly. «Du coup, le soutien de Berne devient trop hypothétique pour attendre», réagit l’élu.

Afin de ne pas reporter sine die cette opération présentée comme capitale par l’ensemble des élus du Pays de Gex pour fluidifier les déplacements pendulaires, le département de l’Ain a arrêté un plan de financement divisé en deux étapes. La première, de la frontière de Meyrin à la Porte de France (entrée de Saint-Genis-Pouilly), s’étalera de 2017 à 2019 avec un effort budgétaire du département de 8 millions d’euros par an sur trois ans. L’Etat français pourrait de son côté verser 4 millions d’euros. La programmation de la réalisation de la deuxième section, Porte de France-mairie de Saint-Genis-Pouilly, reste pour le moment indéterminée. Elle pourrait être conditionnée à l’obtention de cofinancements suisses, si d’ici là le contexte politique a évolué. «Je le répète, insiste Rachel Mazuir, s’agissant là d’une opération transfrontalière au bénéfice de tous les habitants, nous continuons à espérer un accompagnement du canton de Genève.»

Le cas n’est pas isolé puisque le prolongement du tram 12 jusqu’à Annemasse est lui aussi sujet à caution. Le canton de Genève s’était engagé à participer à hauteur de 30 millions d’euros au financement de ce projet, dont le coût total atteint 100 millions d’euros. Or, les Genevois n’ont pas encore débloqué l’argent et rien n’indique que le financement se fera dans un avenir proche. «L’Etat français, la Région Rhône-Alpes, Annemasse Agglo et la Confédération helvétique ont respecté leur engagement, le canton doit suivre», indiquait Christian ­Dupessey, le maire d’Annemasse, au Temps en septembre dernier. L’élu envisagerait de traquer les faux résidents suisses dans sa commune et de les taxer. Explication: 20 000 à 30 000 Suisses vivraient «clandestinement» en France voisine, car non déclarés. Un manque à gagner pour les communes, car chaque frontalier dûment enregistré rapporte 1000 à 2000 euros par mois au titre des fonds frontaliers. Ces subsides afférents permettraient à la commune haut-savoyarde d’avancer dans le financement du prolongement du tram 12.

Le prolongement du tram 12 jusqu’à Annemasse est lui aussi sujet à caution

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