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Image de synthèse de la future patinoire de Porrentruy.
© ldd

Jura

L’Ajoie se déchire autour de sa patinoire

Soumis au vote le 1er juillet, l’ambitieux projet de nouvelle enceinte pour le HC Ajoie divise: étincelle qui relancera la région pour les uns, mégalomanie pour les autres

Une conférence de presse retardée, avant d’être à nouveau avancée. Une autre finalement reportée de quelques jours. Vendredi, les pro- et les anti-patinoire de Porrentruy, le fameux «chaudron» du Voyeboeuf, ont joué au chat et à la souris, donnant un ton un brin chaotique au lancement d’une campagne qui s’annonce enflammée.

Le 1er juillet, la population du district se prononcera sur deux crédits d’un total de 27,8 millions de francs pour le chantier d’une nouvelle arène. D’ici au scrutin, l’Ajoie va rejouer une version jurassienne du Grand fossé d’Astérix. Une région coupée en deux camps irréconciliables: projet ambitieux capable de dynamiser toute une région pour les uns, folie mégalomane pour les autres.

Creuset de l’âme ajoulote

Le sujet est brûlant. Car si le chef-lieu cantonal Delémont a toujours vibré aux exploits de son équipe de football, l’Ajoie est une terre de hockey sur glace, ayant fourni de nombreux talents à la Suisse, à l’image de la fratrie Vauclair. En 1973, Porrentruy est la huitième commune du pays à se doter d’une patinoire couverte. Une fierté. L’enceinte va devenir le creuset de l’âme ajoulote. Malgré des moyens financiers limités, l’équipe du HC Ajoie militera plusieurs années en Ligue A. En 2016, elle décroche le titre de champion de Ligue B, portée par une incroyable ferveur populaire.

Aujourd’hui, il y a urgence à rénover la patinoire vétuste, voire délabrée, ne répondant plus aux normes de sécurité et que d’aucuns ont surnommé la «grange». Posé le long de la ligne de chemin de fer, entre camping et skatepark, le bâtiment fait peine à voir. La nécessité d’une rénovation n’est pas remise en question. Mais c’est l’ampleur de celle-ci qui coince.

Centre national

A côté de la patinoire proprement dite, d’une capacité de 4650 places, le projet intègre une seconde surface de glace aux dimensions de la ligue nord-américaine, la NHL, quatre mètres plus étroite. Une telle installation est inexistante en Suisse et permettrait au site jurassien d’intégrer le futur réseau national de formation en hockey sur glace, constitué de six centres: Davos, Zoug, Langnau, Ambri-Piotta, Viège et Porrentruy, le seul en Suisse francophone. A cette fin, la Confédération est prête à subventionner l’infrastructure à hauteur d’un million.

Le projet suscite rapidement de l’engouement. Il reçoit le soutien de l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi, ainsi que de plusieurs personnalités jurassiennes, comme le chirurgien cardiaque René Prêtre ou le champion olympique d’équitation Steve Guerdat. «La réalisation d’un centre national de formation est exceptionnelle pour l’ensemble du canton, pour son image, sans compter les retombées économiques et touristiques», s’enthousiasme Claude Hêche, conseiller aux Etats socialiste et président du comité de soutien au projet.

Explosion des coûts

L’aventure est belle, mais il y a un accroc. Les améliorations et de nouvelles normes ont fait bondir le coût du chantier de 17 à 27,8 millions de francs, avec une dette résiduelle de 13 millions. Une hausse substantielle qui pose problème, lorsque l’on sait que la patinoire est en mains publiques, propriété du Syndicat intercommunal du district de Porrentruy (SIDP). «On va droit dans le mur. Ce projet est délirant, dépassant les capacités du bassin de population [25 000 habitants, ndlr], alors que de nombreuses communes connaissent des problèmes financiers», s’insurge Romain Schaer, maire de La Baroche.

Ce printemps, avec d’autres élus, ce dernier a fondé le Mouvement de communes et de citoyens responsables (MCCR). «Notre rôle est de tirer la sonnette d’alarme, plaide Benoît Bleyaert, maire de Coeuve et président du MCCR. Nous sommes sur le Titanic et tout le monde continue de danser. On nous vend du rêve, on flatte la fierté de l’Ajoie, mais la réalité est que la collectivité va porter seule tous les risques de ce projet luxueux, qui reste une infrastructure de loisirs.»

Une Ajoie qui stagne

Au contraire, pour Stéphane Babey, président du SIDP, cette patinoire dépasse de loin le cadre sportif. «Ce n’est pas une futilité, c’est l’étincelle qui peut relancer notre district», insiste-t-il. Alors que Delémont se développe, profitant en plein de son statut de capitale, l’Ajoie stagne depuis de nombreuses années. «Nous avons des atouts: des terrains à des prix défiant toute concurrence et une importante main-d’œuvre d’une région transfrontalière, le tout à trente minutes de l’aéroport de Bâle, mais nous manquons de lisibilité. Ce centre national permettra de placer l’Ajoie sur la carte de la Suisse», continue Stéphane Babey, assurant que l’investissement est raisonnable.

Membre du gouvernement cantonal et natif de Porrentruy, le PDC Charles Juillard calme le jeu: «Je comprends la crainte des communes, dont certaines connaissent des situations financières difficiles. Mais cette seconde surface de glace représente justement la plus-value permettant à la patinoire de prendre une tout autre dimension, devenant un centre d’entraînement au rayonnement suisse, voire international.» En cas de non dans les urnes, Porrentruy se retrouverait de facto exclu du réseau national. «Nous n’avons aucun plan B», prévient enfin Stéphane Babey. Cette fois, la campagne est entrée dans la période de «mort subite», comme on dit en hockey sur glace.

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