Finances publiques

L’alarmisme du Conseil d’Etat genevois âprement critiqué

Finances publiques Contrairement aux prévisions, les comptes 2015 du canton de Genève sont déficitaires à hauteur de 21 millions. Le ministre des Finances, Serge Dal Busco, est accusé de «jouer avec les chiffres»

Le 26 août 2015, le gouvernement genevois par la voix solennelle de son ministre des Finances prédisait le vent mauvais sur les finances du canton, justifiant quelques jours plus tard la mise en route d’un régime d’amaigrissement de l’Etat. S’appuyant sur les dernières prévisions et alors que l’exercice n’était pas terminé, le démocrate-chrétien Serge Dal Busco prophétisait des comptes 2015 virant au rouge vif.

Au lieu des 14 millions de francs de boni prévus originellement, le conseiller d’Etat annonçait des comptes 2015 déficitaires de plus de 200 millions de francs. La prophétie ne se sera pas réalisée. Mardi, le grand argentier a dévoilé des comptes très légèrement déficitaires à hauteur de 21 millions. Autant dire une goutte d’eau dans l’océan des charges de l’Etat qui se monte à presque 8,1 milliards de francs.

A quoi doit-on ce miracle? A des «éléments non récurrents et imprévisibles», justifie le Conseil d’Etat. Parmi eux, on peut relever le bouclement d'un dossier fiscal qui a rapporté 132 millions de francs. On retrouve aussi la rétrocession de bénéfice de la BNS, en hausse de 38 millions, ou encore les 40 millions de francs d’indemnité obtenus par le Ministère public genevois auprès de la filiale suisse de la banque HSBC.

A ces montants s’ajoute l’extraordinaire rentrée fiscale (415 millions) de l’horloger Philippe Stern, propriétaire de Patek Philippe qui a permis de contribuer au remboursement de la dette du canton de 718 millions de francs.

Dispute autour de la caisse de pension

Malgré ces recettes extraordinaires, le canton assiste à un tassement des revenus fiscaux, tant du côté des personnes physiques (-53 millions) que de celui des personnes morales (-74 millions), alors que les charges globales continuent, elles, de grimper de près de 0,9%. De quoi fournir des armes à la droite dans sa quête de réforme structurelle de l’Etat. Le PLR réaffirme son soutien au vaste plan d’économies visant à diminuer de 5% les charges salariales d’ici 2018. L’UDC, quant à elle, espère voir l’exécutif prendre des «mesures impopulaires pour sauver le navire».

A gauche et au MCG, on peine à partager la vision catastrophique de ses adversaires, estimant que le Conseil d’Etat «joue avec les chiffres». En ligne de mire: les 207 millions que l’Etat a provisionnés pour donner un peu d’air à la Caisse de prévoyance des fonctionnaires, la CPEG qui a dû puiser 75 millions de francs dans ses réserves pour assurer le versement des rentes (LT du 17.03.2016).

Le PS parle d’une «mascarade visant à faire disparaître tout boni […] dans le but de présenter l’austérité comme incontournable». Quant à Solidarités, la formation accuse le Conseil d’Etat d’avoir dramatisé les résultats de la caisse de pension. L’exécutif, lui, jure qu’il a été contraint de venir en aide à la CPEG. «Sans cette provision, notre service d’audit interne aurait déclaré nos comptes non conformes.»

Au-delà de ces querelles, la communication du Conseil d’Etat est âprement critiquée, de part et d’autre de l’échiquier politique. Les députés reprochent surtout au grand argentier d’avoir été trop alarmiste à l’été 2015 alors qu’un peu de prudence, estiment-ils, aurait évité d’embraser la fonction publique. «Comment un conseiller d’Etat qui a réussi à faire descendre les fonctionnaires dans la rue et dont le budget a été quasi refusé à l’unanimité peut-il être un interlocuteur crédible pour réunir des majorités autour de la troisième réforme des entreprises?», questionne le socialiste Roger Deneys. «Et si nos prévisions s’étaient avérées juste, ne nous aurait-on pas reproché de les avoir tues», réplique Serge Dal Busco.

A noter enfin que l’exécutif a renoncé à présenter une nouvelle copie budgétaire 2016, faute de pouvoir réunir une majorité politique. Cette absence conduira, de facto, le canton à ne pas verser d’annuités à ses collaborateurs.

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