L'Albisgüetli de Zurich, c'est un peu l'enfant chéri de Christoph Blocher. Pendant seize ans, jusqu'à l'an dernier, le tribun zurichois a toujours prononcé un discours très remarqué à la tribune, lors de la réunion de l'UDC. Et les piques n'ont jamais manqué. Pour s'en prendre à la «fausse élite», à la «bureaucratie fédérale», ou à la «coalition gauche-droite de gaspilleurs». Or cette année, c'est, pour la première fois, sans lui, ou presque, que ces assises se sont tenues.

Traditionnellement, le président de la Confédération – cette année Samuel Schmid – est invité à répondre aux diatribes du chef de l'UDC zurichoise, fonction aujourd'hui occupée par Peter Good. C'est donc dans la salle, aux côtés des convives, que Christoph Blocher a passé sa soirée. Visiblement, avec ou sans déclaration du tribun zurichois, l'intérêt des militants pour l'événement reste le même. Les 1400 personnes réunies dans une salle archi-comble ont manifesté leur satisfaction, très flattées d'avoir obtenu une place. Les Romands étaient emmenés par le vice-président du parti, Jean Fattebert. Organisé pour la 17e fois, ce rendez-vous fait désormais partie des habitudes. Le lieu par excellence de la défense d'une Suisse neutre, hors de l'Europe et, cette année en particulier, réticente à l'accord de Schengen.

Plaidoyer pour la neutralité

Même loin du micro, le conseiller fédéral Christoph Blocher n'a pas manqué son entrée, salué par des applaudissements nourris. Ravi de son succès d'estime, il a dédicacé avec attention la petite figurine en plâtre le représentant que lui tendait l'une de ses admiratrices. «Même si cela me démange, je ne parlerai pas; je fais là mon devoir. Durant toutes ces années, ce n'était pas toujours évident de tenir un discours chaque fois meilleur.»

Pour sa première prise de parole à l'Albisgüetli, le président de

l'UDC zurichoise, Peter Good, n'a pas manqué de termes laudatifs pour celui resté à la fois «conseiller fédéral et Blocher. Une union imbattable». Engagé corps et âme dans la défense de la neutralité, Peter Good s'est évertué tant bien que mal à utiliser, du moins durant le premier quart d'heure, le ton polémique et sans détours, de son prédécesseur. «Madame Calmy-Rey veut nous associer à une «neutralité active». Quelle combinaison de mots insensée!»

Une semaine après la réunion des délégués du parti et le refus de l'extension de la libre circulation aux nouveaux Etats de l'Union européenne, le politicien zurichois n'a pas manqué de donner son avis sur l'accord de Schengen: «Schengen ne vaut rien. Des frontières ouvertes entraînent plus d'insécurité. Celui qui prétend le contraire est un menteur.» Et comme pour réveiller les débats peu avant la prise de parole de Samuel Schmid, le Zurichois a défendu «la réelle mission de l'armée de protéger une neutralité souveraine». Donc loin d'un engagement à l'étranger comme le fait la Swisscoy au Kosovo, a-t-il estimé. Encore une fois, le public a marqué son soutien.

Au-delà des discours, une chose paraît acquise: que Christoph Blocher soit sur scène ou au côté de son épouse dans la salle, le parti reste convaincu de l'importance de cette plateforme qu'est l'Albisgüetli. «Cela reste l'occasion de débats d'idées engagés, l'occasion de donner un cadre à notre combat politique», explique Claudio Zanetti, secrétaire du parti zurichois. Des débats auxquels certains ont préféré tourner le dos, à l'image des deux derniers présidents de la Confédération invités, Joseph Deiss et Pascal Couchepin. Andreas Ladner, politologue à l'Université de Berne: «Cette soirée a toujours été celle de l'opposition et une occasion pour Christoph Blocher de faire valoir ses opinions; pourtant, je crois que même sans lui le parti a assez de personnes connues pour motiver cette réunion. Il prouve ainsi sa capacité de recrutement. Et peut faire là acte d'émancipation: il reste attractif même sans son leader.»