La tension monte entre l'Allemagne et la Suisse à l'approche d'une rencontre décisive entre le chef du Département fédéral des transports, Moritz Leuenberger, et son homologue allemand, Kurt Bodevig. L'Allemagne envisage en effet d'imposer des mesures drastiques pour faire diminuer le bruit causé par le trafic aérien aux abords de l'aéroport de Zurich-Kloten. Si la Suisse n'accepte pas de réduire les mouvements d'avions qui survolent le territoire allemand voisin de l'aéroport de 140 000 à 80 000 par an, d'interdire les survols le week-end et la nuit de 21 heures à 7 heures du matin, l'Allemagne pourrait infliger des amendes unilatérales aux pilotes et aux compagnies aériennes qui ne respecteraient pas ses exigences.

Selon Berlin, les plans allemands, évoqués dimanche par le journal alémanique SonntagsZeitung, ne constituent pas des «menaces»: «La conclusion négociée d'un accord qui respecte les besoins de la population allemande demeure notre but. Si nous n'y arrivons pas, nous devrons mettre en vigueur notre propre règlement», explique au Temps le porte-parole du Ministère des transports, Michael Zirpel. «Et comme tous les règlements, il devra être assorti de possibilités de sanctionner ceux qui ne le respecteraient pas.» L'imposition unilatérale de mesures contraignantes aux compagnies et aux pilotes pourrait cependant poser des problèmes de compatibilité avec les engagements souscrits par l'Allemagne sous l'égide de l'Organisation de l'aviation civile internationale.

Echec des premières négociations

A la fin de l'an dernier, les négociations entre fonctionnaires chargés du trafic aérien dans les deux pays se sont achevées sur un constat d'échec. Aucun terrain d'entente n'a pu être trouvé entre les propositions des Allemands, qui exigent une réduction importante des nuisances sonores pour leur territoire, et le point de vue des Suisses, qui invoquent la présence d'avions militaires dépendant de la base aérienne de Dübendorf (ZH) pour refuser le déplacement de certains mouvements d'avions civils loin des zones frontalières. Depuis, la mobilisation des associations de riverains en Allemagne et la tenue d'élections dans le Land le plus concerné, le Baden-Würtenberg, n'a rien fait pour rapprocher les points de vue.

Dernier espoir de débloquer la situation, la rencontre entre les deux ministres des Transports sera donc cruciale pour les relations entre les deux pays et le développement futur de l'aéroport de Zurich. Elle devrait se tenir, selon des sources officielles, «dans les prochaines semaines».