Visite d'Etat

L'Allemagne et son président en visite à Berne 

C’est la première visite d’un président allemand en Suisse depuis 2014. Si la venue de Frank-Walter Steinmeier revêt avant tout un caractère protocolaire, elle offre l’occasion de resserrer les liens entre la Suisse et son premier partenaire économique

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, vient en Suisse pour deux jours dès mercredi. Si Angela Merkel détient le pouvoir exécutif en Allemagne, c’est à ce social-démocrate de 62 ans qu’échoit l’honneur de porter le titre de chef d’Etat de la République fédérale et de présider le pays.

L’expérience au service d’un peu de pouvoir

Après une riche carrière commencée il y a près de trente ans, Frank-Walter Steinmeier occupe ce qui pourrait être son dernier poste. Il a notamment dirigé la Chancellerie fédérale, officié en tant que secrétaire d’Etat sous Gerhard Schröder et assumé le poste de ministre des Affaires étrangères et de vice-chancelier. Candidat malheureux à la succession d’Angela Merkel en 2009, ce politicien rond et charismatique est devenu président en mars 2017, alors qu’il dirigeait le groupe social-démocrate (SPD) au Parlement fédéral. Sa nouvelle fonction revêt avant tout un caractère représentatif.

Malgré des prérogatives limitées, Frank-Walter Steinmeier a toutefois commencé son mandat en fanfare. Fin 2017, son parti refuse d’intégrer le nouveau gouvernement d’Angela Merkel à la suite des élections défavorables à la CDU de la chancelière. Après des semaines de négociations, la situation s’enlise. Invoquant le «bien-être public», le nouveau président intercède auprès de ses camarades sociaux-démocrates pour sortir de l’impasse. C’est en partie grâce à son intervention que le SPD finit par rejoindre la nouvelle coalition, et que l’Allemagne sort de la crise.

Durant sa carrière, le sexagénaire a également fait l’objet de quelques polémiques. En 2008, il refuse de rencontrer le dalaï-lama, déclarant que «faire preuve de courage voulait dire ne pas faire cette rencontre». Quelques années plus tard, en 2013, il est accusé de plagiat: après examen, un quart de son doctorat s’avère effectivement en grande partie copié. Il peut malgré tout conserver son titre. Enfin, en 2014, il qualifie le génocide arménien de «massacre», déclenchant un vif débat en Allemagne et en Turquie.

Sur la tombe de Thomas Mann

La dernière visite d’un président allemand en Suisse remonte à celle de Joachim Gauck, en 2014. Quelques semaines après le vote du 9 février «contre l’immigration de masse», sa venue est restée dans les mémoires. Sortant de la réserve qui caractérise habituellement la fonction de président, il avait en effet critiqué frontalement la décision du peuple suisse et mis en garde contre les «dangers de la démocratie directe» lors de votations portant sur des «thématiques complexes». Alors également président et ministre des Affaires étrangères, Didier Burkhalter avait immédiatement défendu l’importance «culturelle» du système politique suisse et appelé l’Union européenne à «faire preuve de compréhension» pour la décision du peuple helvétique.

Quatre ans plus tard, la situation s’est normalisée et Frank-Walter Steinmeier devrait rester plus consensuel. Un programme chargé l’attend. Le couple présidentiel sera accueilli mercredi en milieu de journée à l’aéroport de Zurich par Alain Berset et sa femme. Puis les deux couples prendront un train spécial pour Berne où un accueil protocolaire les attend. Les deux présidents prononceront ensuite un discours dans la salle des pas perdus du Palais fédéral.

La suite des événements comprend dîners de gala, table ronde à l’Université de Fribourg, visite de sa cathédrale ou encore survol du glacier d’Aletsch en hélicoptère. Frank-Walter Steinmeier rencontrera également l’écrivain germano-suisse Jonas Lüscher et ira se recueillir sur la tombe de Thomas Mann, Prix Nobel de littérature allemand enterré à Kilchberg (ZH).

Quid des discussions politiques?

La Confédération semble ne rien attendre de «spécial» de cette visite, «si ce n’est de soigner les relations entre nos deux pays». C’est en substance ce qu’a confirmé vendredi aux journalistes l’ambassadeur d’Allemagne en Suisse, Norbert Riedel, en poste depuis six mois. Soumis à la question par une vingtaine de représentants de la presse allemande et helvétique, l’ambassadeur n’a eu de cesse de louer la proximité idéologique des deux pays.

Le diplomate est cependant resté flou sur le détail des thèmes qui seront évoqués lors de la visite d’Etat. L’accord-cadre avec l’Union européenne? «Ce n’est pas à l’Allemagne d’interférer dans ce dossier.» Les bruits causés en Allemagne par des avions en phase d’atterrissage à Zurich? «La balle est désormais dans notre camp. C’est une affaire qui roule.» Les déchets nucléaires suisses enterrés à proximité de l’Allemagne? «Un choix compréhensible du point de vue géologique.»

Le sujet sur lequel Norbert Riedel s’est montré le plus bavard a été soulevé par la presse alémanique, bien décidée à déterminer si, oui ou non, les Allemands prennent les Suisses de haut ou encore s’ils se sentent les bienvenus chez nous. Environ 300 000 d’entre eux vivent en Suisse, contre 88 000 Helvètes en Allemagne. «Nous sommes sur un parfait pied d’égalité», a clos le diplomate.

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