Migrations

L’Allemagne du Sud-Ouest craint que l’immigration via la Suisse ne redouble

Le fait que le débat migratoire allemand se focalise sur la frontière germano-autrichienne inquiète les élus conservateurs du sud-ouest du pays, qui redoutent un regain des entrées par la Suisse. A Berne, le Secrétariat d’Etat aux migrations minimise le risque

Sur les personnes en situation irrégulière contrôlées en Allemagne au cours des cinq premiers mois de l’année, 5000 avaient transité par l’Autriche et 2039 par la Suisse, alors que 7650 étaient arrivées par les airs. «La Suisse est la seconde voie d’accès terrestre en Allemagne en provenance de l’Italie», souligne le député CDU du Bundestag Andreas Jung. Cet élu du Bade-Wurtemberg s’inquiète de voir le débat politique allemand sur l’immigration se focaliser sur la frontière austro-bavaroise. Il demande en conséquence d’intégrer la Confédération à la liste des Etats avec qui la République fédérale mènera des négociations bilatérales en vue de fermer la «route du sud».

Mardi, le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer (du parti conservateur bavarois CSU) présentait son «plan migration», après un mois de tensions politiques extrêmes à ce sujet en Allemagne. Le plan prévoit notamment la négociation d’accords bilatéraux avec les partenaires de Berlin, en vue de reconduire à la frontière les migrants ayant déposé une demande d’asile dans un pays tiers avant de poursuivre leur route vers le nord. Berlin se concentre pour l’instant sur un axe d’action qui irait de Berlin à Rome, via Vienne. Berne, regrette Andreas Jung, n’est pas évoqué.

Les migrants vont emprunter le chemin de Jacques-de-Compostelle via la France et Lausanne, en route vers le sud-ouest de l’Allemagne

Andreas Jung, député CDU du Bundestag

«Qu’on ne se méprenne pas sur mes intentions, prévient d’entrée le député de la CDU. Mon propos n’est pas du tout dirigé contre la Suisse. Mais il y va de l’intérêt de la Confédération comme du nôtre: nous voulons éviter que les mesures envisagées ne se concentrent sur la route austro-bavaroise, avec un risque de déplacement des routes empruntées par les passeurs vers l’ouest, le Bade-Wurtemberg et la Suisse. Lorsque j’entends le patron de Frontex (l’agence européenne des gardes-frontières et gardes-côtes) assurer que la nouvelle route des passeurs va maintenant de l’Afrique vers l’Espagne, ça veut dire que les migrants vont en gros emprunter le chemin de Jacques-de-Compostelle via la France et Lausanne, en route vers le sud-ouest de l’Allemagne.»

Les députés conservateurs du sud-ouest de l’Allemagne craignent que le renforcement des contrôles à la frontière avec l’Autriche n’incite les passeurs à transiter plus souvent par la Suisse. Les contrôles à la frontière côté allemand y sont de fait beaucoup plus rares que du côté autrichien.

«Les flux de migrants resteront stables»

«Nous ne voyons pas de raisons qui laisseraient penser que les flux de migrants via la Suisse puissent changer prochainement», répond à ce sujet par écrit Lukas Rieder, porte-parole du Secrétariat d’Etat pour les migrations (SEM). Il rappelle que la Suisse et l’Allemagne ont signé en 2011 une convention en vue d’accélérer les retours à la frontière entre les deux pays, conformément à l’accord de Dublin qui stipule qu’une personne ayant déposé une demande d’asile dans un des pays du groupe de Dublin doit séjourner dans ce pays jusqu’à la fin de la procédure. Quantité de migrants ayant déposé une demande d’asile aux portes de l’Europe tentent toutefois de poursuivre clandestinement leur route vers le pays de leur choix, souvent l’Allemagne, la Suède ou l’Angleterre.

Côté allemand, on rappelle que sur les 2854 demandes de retour à la frontière déposées en 2017 par l’Allemagne auprès de la Suisse dans le cadre des accords de Dublin, 1208 ont été acceptées par Berne, mais que seules 369 personnes ont effectivement été remises aux autorités suisses.

Pas une priorité pour Berlin

«La coopération avec la Suisse fonctionne bien, le quota des reconduites à la frontière est élevé même si les chiffres semblent modestes», concède Andreas Jung. Et de rappeler que le taux de reconductions effectives à la frontière est pour la moyenne des pays participant à l’accord de Dublin de 15%, avec d’énormes disparités d’un pays à l’autre. La Suisse, avec 30,5%, est dans le peloton de tête, tout comme l’Autriche (31,4%) et la Hongrie (25,9%), tandis que la Grèce (0%), l’Italie (16,7%), l’Espagne (14%) ou la France (16,7%) sont loin derrière.

Andreas Jung, qui a grandi sur les rives du lac de Constance, demande toutefois un renforcement du dispositif en vigueur à la frontière avec la Suisse. «Nous ne voulons pas de centres de transit fermés, ou de contrôles à la frontière. On veut la libre circulation. Il faut simplement trouver des systèmes de contrôle plus efficaces.»

Mais à Berlin, au grand dam des élus conservateurs du Sud-Ouest, la frontière suisse n’est visiblement pas une priorité à l’agenda du ministre de l’Intérieur. Horst Seehofer, dont le parti chrétien-social bavarois, la CSU, est engagé dans une difficile campagne électorale en vue des élections régionales du 14 octobre à Munich, concentre son action sur la frontière germano-autrichienne.

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