Berne

L’alliance anti-UDC terrasse Adrian Amstutz

Elu en mars, le sénateur UDC est éjecté de la Chambre haute. Les électeurs ont plébiscité le ticket Luginbühl-Stöckli

Triturant son téléphone portable entre deux interviews, Hans Stöckli fustige dans un grand éclat de rire ces médias électroniques qui préfèrent titrer sur la chute de l’UDC Adrian Amstutz plutôt que sur son succès.

La lecture du résultat du second tour de l’élection du canton de Berne au Conseil des Etats est ainsi double. Les Bernois se sont mobilisés à 46,8% (contre 50,7% au premier tour), d’un côté pour appuyer un ticket inédit réunissant un candidat du PBD, le sortant Werner Luginbühl (réélu avec l’appui de 65% des votants), et le challenger socialiste Hans Stöckli (élu avec 50,1% des suffrages), et de l’autre pour évincer celui qui fut pourtant premier du premier tour le 23 octobre et le conseiller national le mieux élu du canton, l’UDC Adrian Amstutz.

Celui que Hans Stöckli appelle le «préfet de M. Blocher» connaît ainsi, pour la première fois, la défaite. Il avait réussi l’exploit de s’emparer du fauteuil qu’avait dû abandonner la socialiste Simonetta Sommaruga au Conseil des Etats, battant en mars la socialiste Ursula Wyss. Adrian Amstutz n’a siégé que durant deux sessions à la Chambre haute. Dimanche au Rathaus de Berne, les mains dans les poches, il tentait de faire contre mauvaise fortune bon cœur. «C’est bien sûr une déception, mais je la craignais, dit-il en allemand. Je reste le conseiller national bernois le mieux élu.» Est-ce une gifle à l’UDC? «Non. C’est un concours de circonstances défavorable pour nous.»

Adrian Amstutz a réalisé un score presque identique à celui du 23 octobre. Il ne progresse que de 2500 suffrages. «Il avait déjà fait le plein au premier tour, note le politologue Claude Longchamp. Tandis que ses concurrents ont bien plus fortement progressé. La gauche a voté pour le centre et le centre pour la gauche.» Werner Luginbühl a obtenu 73 335 voix supplémentaires, pour afficher un score exceptionnel de 216 685 suffrages. Hans Stöckli a non seulement comblé les 14 000 voix de retard qu’il avait sur Adrian Am­stutz, mais il empoche près de 40 000 voix de plus (un Bernois sur deux a voté pour lui).

La différence en faveur du duo Luginbühl-Stöckli s’est faite dans le Jura bernois et, surtout, dans les villes de Bienne et de Berne. Dans l’agglomération bernoise, Hans Stöckli laisse Adrian Amstutz à 30 000 voix, Werner Luginbühl à 45 000 voix.

Werner Luginbühl s’applique à avoir le triomphe modeste. Présenté comme un traître en 2008 lorsqu’il a quitté l’UDC pour le PBD, celui qui sera l’unique sénateur PBD tient sa revanche. «Ce n’est pas une revanche, corrige-t-il. Je suis content de voir que la population a compris ma décision.» Reste qu’il devra faire équipe avec un socialiste, au risque de voir les voix bernoises aux Etats s’annuler. «Vous savez, il y avait aussi des divergences avec l’UDC lorsque je siégeais avec M. Amstutz. Ce qui compte, c’est que les intérêts du canton soient bien défendus.» Il refuse de voir dans son triomphe un renforcement de la position de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf. Tout au plus y perçoit-il un «signal positif».

Hans Stöckli est plus expansif. Celui qui devient le dixième conseiller aux Etats socialiste court serrer des mains, embrasse ses supporters. Il pose pour les photographes aux côtés d’Ursula Haller et Beatrice Simon, conseillère nationale et conseillère d’Etat bernoises du PBD. «Les Bernois ont voulu l’équilibre, dit-il: un homme du centre droit modéré provenant de la campagne et un urbain de gauche. Ils ont rejeté celui qui incarne l’extrême.» L’ancien maire de Bienne est élu grâce à l’appui du centre droit. «Je suis bien sûr un élu de gauche. Mais comme maire, j’ai appris le pragmatisme.»

Dimanche, à l’exception de l’UDC et des libéraux-radicaux (absents du Rathaus), tous les partis jubilaient. «Une dynamique s’est mise en route, explique le président des Verts, Blaise Kropf. Les Bernois ont soutenu une alliance de raison. Qui se retrouve sur de grands thèmes, comme la sortie du nucléaire ou la libre circulation des personnes.»

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