Le PDC est-il enfin en ordre de bataille pour conserver le siège laissé vacant par Isabelle Chassot au Conseil d’Etat fribourgeois? Tout porte à le croire. Vendredi soir dans la salle communale bondée de Neyruz, les délégués ont enfin décidé de former une alliance électorale avec le PLR et l’UDC pour augmenter les chances du directeur de l’Union patronale Jean-Pierre Siggen de l’emporter face au candidat socialiste Jean-François Steiert, conseiller national.

Reste toutefois un bémol. Le PDC fribourgeois a raboté la convention négociée début juillet entre des représentants des trois partis de la droite. Il veut bien d’une entente à l’échelon cantonal, mais il a biffé l’article portant sur un apparentement pour les prochaines élections fédérales de 2016. «A Berne, PDC et UDC ont une approche trop différente des dossiers», justifie le sénateur Urs Schwaller en dressant la liste des points de désaccord: libre-circulation des personnes, AI, article sur la famille et la plupart des questions de société.

Le PLR et l’UDC vont-ils accepter cette nouvelle condition de leur partenaire? Le comité directeur de l’UDC a pris position samedi déjà. Il accepte la convention telle qu’amendée par le PDC. Surtout, il renonce à lancer son propre candidat pour succéder à Isabelle Chassot. Deux UDC étaient sur les rangs: le député Ruedi Schläfli et l’ancien président cantonal Jean-Luc Rimaz. L’un et l’autre avaient peu de chance d’être élus. Par contre, ils auraient pris des voix à Jean-Pierre Siggen avec à la clé un probable second tour.

De son côté, le PLR n’avait pas l’intention de lancer un candidat car il se reconnaît dans le profil de Jean-Pierre Siggen, de l’aile économique du PDC. Mais il voulait saisir l’occasion pour conclure une entente de la droite sur le long terme. Et il tenait à inclure les élections fédérales. Pour une question de cohérence et pour consolider le siège du directeur de l’Union suisse des paysans Jacques Bourgeois. «C’est comme si on repartait à zéro», indique Didier Castella, président du PLR fribourgeois. Son comité directeur prendra une décision ces prochains jours. Puis une assemblée des délégués sera convoquée, probablement le 21 août. «Evidemment que l’on regrette le choix du PDC de mettre de côté les élections fédérales. Telle qu’elle se présente aujourd’hui, la convention a perdu de sa crédibilité. Les tergiversations du PDC ont terni la solidité de notre entente et le lancement de la candidature de Jean-Pierre Siggen», déclare Didier Castella, lequel s’engage néanmoins à faire accepter par son parti cette nouvelle version de la convention.

Cet épisode aura été douloureux pour le PDC qui s’est retrouvé divisé entre les partisans d’une approche électoraliste pragmatique et les défenseurs des valeurs démocrates-chrétiennes. S’il n’y a pas eu de coups d’éclats ou de règlements de compte vendredi, l’assemblée a néanmoins permis au parti de se rendre compte d’une réalité: seul, le PDC ne fait plus rien. Et même avec le PLR, il ne forme plus une majorité au Grand conseil. L’électorat PDC peut également se montrer très infidèle. Les jeunes PDC ont d’ailleurs rappelé qu’aux dernières élections, les électeurs PDC ont donné davantage de voix à la gauche qu’aux deux autres partis de droite. Mais la psychothérapie de groupe s’est arrêtée à ce constat. Vendredi, Eric Menoud, président du PDC, était surtout soulagé du bon climat des débats.