Les incertitudes sur la composition définitive du Conseil des Etats concernent en particulier la Suisse romande, puisque quatre de ses cantons n’ont pas pu élire leurs sénateurs lors du premier tour: Genève, Vaud, Fribourg et Valais. Tractations et marchandages menés intensivement entre lundi et mardi doivent permettre de clarifier les situations. Dans les quatre cantons, les rapports entre UDC et PLR sont au coeur des discussions.

Genève: quatre candidats pour deux fauteuils

Les téléphones ont chauffé lundi dans les états-majors de la droite genevoise. Mais le scénario avancé par Le Temps dès dimanche soir semble se confirmer avec le retrait annoncé vers midi de la candidature du PDC Raymond Loretan: pas d’alliance ni de campagne commune de la droite élargie, mais deux candidats seulement – Benoît Genecand pour l’Entente et Yves Nidegger pour la Nouvelle Force – à l’assaut des deux sièges du Vert Robert Cramer et de la socialiste Liliane Maury-Pasquier. Un arrangement qui ne dit pas son nom et qui offre de bonnes chances à Benoît Genecand d’accéder à la Chambre haute.
Raymond Loretan a appelé les militants PDC à «faire bloc» derrière Benoît Genecand, pour «briser le monopole de la gauche». En revanche, le PDC a obtenu du PLR l’exclusion de toute campagne commune avec la droite dure. Une posture soumise à validation de l’assemblée des délégués du parti, lundi soir.
Du côté de la Nouvelle Force, le MCG Eric Stauffer a rapidement annoncé son retrait, «au profit d’Yves Nidegger». Mais pour le tribun MCG, «sans campagne commune de l’Entente et de la Nouvelle Force, le deuxième tour sera une machine à perdre». L’UDC attend aussi de l’Entente qu’elle donne une «consigne de vote» claire pour le duo Genecand-Nidegger.
Un appel qui restera lettre morte. Céline Amaudruz ayant également annoncé son retrait, l’UDC en restait lundi soir à une candidature isolée d’Yves Nidegger, malgré ses craintes que cette stratégie ne soit pas suivie par les électeurs.
L’extrême gauche, elle, devrait confirmer le retrait de ses deux candidats de la course aux Etats, au bénéfice du camp rose-vert.

Vaud: Olivier Français, candidat de toute la droite?

Par 67 voix contre 57, les délégués de l’UDC vaudoise ont refusé leur soutien au PLR Olivier Français pour le Conseil des Etats. Dans le canton, tout l’espoir du PLR, vainqueur du scrutin de dimanche, était de pouvoir rallier le centre et l’UDC à cette candidature unique face aux deux sortants de la gauche, Géraldine Savary (PS) et Luc Recordon (Verts). Olivier Français, accompagné du conseiller d’Etat Philippe Leuba, est venu plaider sa cause lundi soir devant l’assemblée du parti. Il s’est engagé d’emblée à soutenir, en cas d’élection, le deuxième siège UDC au Conseil fédéral.
Cette candidature unique est cohérente avec l’objectif affirmé de rétablir l’équilibre à la Chambre des cantons, où la gauche monopolise les deux sièges depuis huit ans, a-t-il expliqué. Mais la pilule n’était pas facile à avaler pour l’UDC, dont la demande d’apparentement général de ce printemps a été rejetée par les libéraux-radicaux. Le comité du parti proposait de ne formuler aucune recommandation de vote. Lors de l’assemblée de l’UDC, des membres ont aussi exigé une place sur la liste qui, en mars 2017, visera à reprendre au Château cantonal une majorité détenue par la gauche depuis cinq ans. Par ailleurs, la présidente de l’UDC Vaud Fabienne Despot a annoncé qu’elle allait remettre son mandat le 7 janvier.
Les petits partis du centre ne se lancent pas dans le second tour, mais ils n’entendent pas offrir leur soutien sans autre à Olivier Français. Ce dernier s’est également rendu à l’assemblée des délégués du PDC.

Fribourg: l’appel de Jacques Bourgeois

Dans le canton de Fribourg, la question sera réglée mardi soir par les comités des partis. Faire obstacle au socialiste Christian Levrat et au PDC Beat Vonlanthen a-t-il un sens, vu l’avance prise par ces deux candidats sur les autres? Le PLR Jacques Bourgeois, numéro trois du premier tour, se dit partant à ce stade. Mais pour y aller, il cherche le soutien de l’UDC, sans pour autant s’encombrer d’un colistier de ce parti. «A quatre candidats, nous n’aurions aucune chance", assure-t-il. Ses arguments: le candidat PDC, qui a fait la campagne main dans la main avec le PS, ne représente pas la droite fribourgeoise; élu aux Etats, Jacques Bourgeois laisserait sa place au Conseil National à Nadine Gobet, qui dirige la Fédération patronale fribourgeoise. «Jusqu’ici la droite était divisée, maintenant elle doit s’unir", résume-t-il. L’UDC, dont le candidat est Emanuel Waeber, soit décider de son côté si elle est tentée par l’alliance proposée ou si elle préfère, portée par ses bons résultats de dimanche, continuer en solo.

Première valaisanne

Pour la première fois depuis douze ans, les sénateurs valaisans ne seront pas élus tacitement. Seul Pierre-Alain Grichting tente sa chance au deuxième tour. L’avance des démocrates chrétiens Jean-René Fournier et Beat Rieder n’a pas suffi à décourager le candidat libéral radical. Quatrième ce dimanche, avec 9000 voix de retard sur le second, il estime que «Le Valais a tout à gagner à se faire représenter par deux personnalités issues de formations politiques différentes». Pour mettre un terme au monopole du PDC aux Conseil des États, l’entrepreneur espère rassembler les voix de la gauche et de l’UDC. Pourtant troisième du premier tour, le démocrate du centre Franz Ruppen a décidé ce lundi de se satisfaire de son élection au Conseil national.