La lassitude guettait pour cette troisième édition de l’alliance entre Pierre Maudet et Olivier Jornot. Afin de donner une nouvelle énergie à cette politique commune de lutte contre la criminalité, qui repart pour deux ans, le patron du Ministère public genevois et le ministre de la Sécurité ont un brin modifié leur feuille de route. La circulation fait son entrée dans les axes que devra privilégier la police. De même, la lutte contre la délinquance financière est remodelée au goût du jour avec l’espoir de gagner en efficacité.

La nouvelle convention, signée mercredi devant la presse, vise toujours à fournir des lignes directrices claires et convergentes à la police, à fixer des priorités, à cibler les efforts en fonction des domaines jugés essentiels ou perfectibles et à analyser le tout. «Le processus est parfois aussi important que le résultat», explique Pierre Maudet. Des résultats qui ne sont d’ailleurs pas toujours au rendez-vous. De l’avis d’Olivier Jornot, «le bilan est parfois franchement moyen ou mauvais».

Perte de substance

Le principal constat émis par le patron du Ministère public vise la traque de la délinquance en col blanc. Le canton de Genève, dont le parquet avait été à la pointe de cette lutte avec la création de la section des affaires complexes, «souffre d’une perte de substance du côté policier». La réflexion a conduit à l’abandon de deux axes ambitieux mais flous — lutte contre l’implantation de toute forme de crime organisé et conformité de la place financière — pour privilégier une reformulation unique, simple et claire. Ce sera désormais, la lutte contre la délinquance financière.

«Il s’agit de regagner de la compétence et de l’efficience afin de détecter des affaires qui ne parviennent pas spontanément au Ministère public», précise Olivier Jornot. En d’autres termes, il manque une force de frappe au sein de la police pour anticiper les choses. Le procureur général n’entend pas se contenter des restes laissés par les autorités de poursuite de la Confédération mais plutôt s’investir dans les dossiers propres au canton.

L’art et la corruption

«Le blanchiment ou la corruption ne concernent pas seulement des potentats exotiques mais des gens bien de chez nous», rappelle Olivier Jornot. Référence étant faite au récent procès impliquant un ancien employé des services industriels ou encore le dossier en cours dans l’affaire de l’Office cantonal de la population et ses permis négociés.

Ce travail devra aussi porter sur les banqueroutes frauduleuses, souvent dénoncées par des syndicats et compliquées à instruire. Sans oublier, le domaine hypermédiatisé du trafic d’œuvres d’art lié à la présence des Ports francs. «Il y a un risque réputationnel. Il faut être crédible dans ce domaine. Un groupe d’enquêteurs spécialisés existe dans le domaine de l’art, il faut encore augmenter des compétences» ajoute Pierre Maudet.

Sécurité de la mobilité

Au chapitre des mauvaises nouvelles, Monica Bonfanti, commandante de la police genevoise, a livré les statistiques de la route: une hausse des infractions (de près de 150%) et une augmentation des accidents mortels ou avec blessés (38% depuis 2011). Malgré l’entrée en vigueur de Via Sicura, l’augmentation des montants des contraventions et les opérations en matière de circulation, un nouvel axe intitulé «sécurité de la mobilité» est annoncé afin de fournir un effort spécial. Il y a matière, explique Olivier Jornot, «à structurer un pôle plus efficace et techniquement meilleur».

Enfin, certains thèmes qui figuraient comme des priorités absolues, ou presque, lors de la première édition du pacte contre l’insécurité – la lutte contre les cambriolages et la lutte contre le trafic de stupéfiants — disparaissent ou sont engloutis. Signe que l’évolution a été favorable, voire qu’on ne pourra pas faire beaucoup mieux.