Histoire

L’alpiniste Reinhold Messner critique le Club alpin suisse

Le célèbre alpiniste italien s’en prend à son tour à la mémoire du glaciologue Louis Agassiz. Ceux qui veulent rebaptiser la montagne portant le nom du scientifique controversé espèrent que l’intervention de la star des montagnes relancera la cause

Comment gérer la face obscure de Louis Agassiz (1807-1873), qui fut non seulement un grand scientifique mais aussi un précurseur de l’idéologie de l’apartheid? Le célèbre alpiniste du Tyrol du Sud Reinhold Messner, 72 ans, fait irruption dans la controverse qui rebondit périodiquement depuis une dizaine d’années. Pour celui qui a été le premier à gravir les quatorze 8000 m du monde (1986), il est «inadmissible» que le botaniste et glaciologue fasse toujours partie des membres d’honneur du Club alpin suisse (CAS).

Dans un communiqué publié mercredi par le comité «Démonter Louis Agassiz», Reinhold Messner fait valoir que le maintien du controversé scientifique parmi les membres d’honneur est incompatible avec l’image des alpinistes suisses dans le monde: «J’ai toujours vécu le CAS comme une association tolérante», précise la star des montagnes, qui a aussi siégé chez les Verts au Parlement européen.

Cette intervention peut-elle relancer une cause en sommeil? C’est bien ce qu’espère l’historien et militant antiraciste saint-gallois Hans Fässler, qui exige depuis des années de débaptiser le pic Agassiz (Agassizshorn), qui s’élève à 3946 m dans les Alpes bernoises. Il préconise de renommer ce sommet Rentyhorn, du nom d’un esclave que Louis Agassiz avait photographié en 1850 comme «preuve scientifique» de l’infériorité de la race noire.

Ses efforts étant restés vains à ce jour, Hans Fässler, lui-même membre depuis quarante ans de la section saint-galloise du Club alpin suisse, tente alors de faire au moins révoquer le titre de membre d’honneur décerné en 1863 à Louis Agassiz par les alpinistes helvètes. Mais il a été éconduit par sa propre section du CAS en mars dernier.

Le racisme de générations d’alpinistes

La prise de position de Reinhold Messner s’inscrit dans le mouvement de réparation des torts historiques en Europe et ailleurs. Le héros de l’alpinisme moderne avait précédemment critiqué le Deutscher Alpenverein pour son antisémitisme ambiant et l’exclusion de ses membres juifs à la fin du XIXe siècle. Il n’a pas hésité non plus à reprocher à l’Autrichien Heinrich Harrer, premier à gravir la face nord de l’Eiger et auteur de Sept Ans au Tibet, de ne jamais avoir remis en question la politique nazie des années 1930. Dans son propre musée, chez lui à Bolzano, il évoque «le racisme de générations entières d’alpinistes».

Pas de réaction du Club alpin suisse

Au Club alpin suisse, c’est pour le moment «no comment». Le comité central devra d’abord examiner le communiqué pour discuter de la requête de l’association «Démonter Louis Agassiz», se borne à indiquer au Temps sa porte-parole.

 

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