De mauvaises indications d’altitude ont été communiquées au pilote du F/A-18 qui s’est crashé lundi 29 août dans la région du Susten. Telle est la conclusion de l’enquête intermédiaire ouverte par la Justice militaire. Le juge d’instruction Gionata Carmine a précisé mardi que le pilote, un Vaudois de 27 ans qui a trouvé la mort dans l’accident, avait bien demandé au contrôleur du trafic aérien posté à Meiringen «de lui indiquer l’altitude de franchissement à laquelle il pouvait poursuivre son vol. Le contrôleur aérien lui a alors indiqué une altitude de 10 000 pieds, soit 3050 mètres environ, avant de transmettre dans la foulée le guidage de l’avion au service de sécurité aérienne à Dübendorf».

A ce stade, insiste le juge d’instruction, la présomption d’innocence prévaut et aucune enquête pénale n’est ouverte pour l’instant contre ce contrôleur, basé à Meiringen depuis 2015. Car d’autres éléments doivent être pris en compte, en particulier le déroulement détaillé de la reprise du guidage par le poste de Dübendorf. Gionata Carmine précise néanmoins qu'«il y a eu un contact entre Dübendorf et le pilote» avant que l’avion ne percute la montagne au Hinter-Tierberg, à 3300 mètres d’altitude.

Altitude minimale trop basse

Le pilote avait connaissance de l’altitude à laquelle il volait, mais l’enquêteur militaire ne peut dire s’il s’est rendu compte qu’il fonçait dans la montagne. Il précise cependant que l’altitude minimale de sécurité aurait dû être de 14 300 pieds, soit 4360 mètres environ. Il ne peut en revanche confirmer l’hypothèse selon laquelle le contrôleur de Dübendorf se serait immédiatement rendu compte des informations erronées transmises au pilote.

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La patrouille composée de deux F/A-18 avait décollé à 16 heures de Meiringen. Les deux monoplaces se suivaient à un intervalle d’environ quinze secondes. La visibilité étant mauvaise, l’exercice s’est fait aux instruments et non à vue. Le pilote du second appareil suivait son leader à l’aide de son radar de bord. Il n’y avait aucun contact visuel direct, précise le juge d’instruction. Quelques minutes après le décollage, le second pilote a perdu le contact radar avec le premier engin. C’est pour cela qu’il s’est adressé à Meiringen, où la surveillance aérienne est assurée par Skyguide sur mandat de l’armée.

Le rapport final attendu pour la fin de l’année

Plusieurs hypothèses ont été émises depuis l’accident, en particulier le rôle qu’a pu jouer le radar de la base de Meiringen, qui daterait des années 70. La justice militaire n’a pas pu déterminer que cela a influencé l’accident, mais, précise le juge d’instruction militaire, cet aspect fait évidemment partie de l’enquête. Aucune défaillance technique de l’avion n’a pas non plus pu être établie. Pour en savoir davantage, il faudra récupérer les boîtes noires, ce qui n’est pas encore le cas, ajoute Gionata Carmine.

La justice militaire va poursuivre son enquête. Mais celle-ci ne sera pas achevée avant la fin de cette année. Un rapport final sera alors publié. Elle a déjà auditionné onze personnes mais n’exclut pas d’en entendre d’autres.