La délégation de la Commission européenne en Suisse, telle est l'appellation exacte de l'ambassade de l'Union européenne (UE) en Suisse, a ouvert officiellement ses portes mardi à Berne. Il y avait fort longtemps que le projet en était évoqué, sans conduire à une réalisation concrète. «Enfin ce jour est arrivé», a pu déclarer Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne aux Relations extérieures, lors d'une brève allocution devant le bâtiment où est installée la représentation européenne.

Un nouveau canal

L'événement vient à son heure, et pas uniquement à cause du conflit fiscal qui oppose Bruxelles et Berne. Les relations se sont à ce point intensifiées et complexifiées entre la Suisse et l'UE que l'ouverture d'un nouveau canal de communication n'a rien d'un luxe. Micheline Calmy-Rey a longuement insisté, mardi, sur l'intensité des relations entre les deux pays, liés par vingt accords bilatéraux de première importance et pas moins d'une centaine d'accords secondaires, la Suisse accueillant par ailleurs 900000 ressortissants de l'UE et 200000 frontaliers. Et ce partenariat a de surcroît reçu l'aval du peuple, puisque celui-ci s'est prononcé à plusieurs reprises sur la question.

Cette manifestation a été le prétexte d'une réunion de travail entre Benita Ferrero-Waldner et Micheline Calmy-Rey. Laquelle a félicité son homologue européenne pour le rôle qu'elle a joué dans l'ouverture de cette délégation, qui devrait faciliter la compréhension réciproque. Les deux interlocutrices ont évoqué des sujets de politique internationale, notamment l'avenir du Kosovo, et l'ensemble des relations bilatérales. La priorité de la Suisse est pour l'instant l'approfondissement des accords bilatéraux II, en particulier la ratification de Schengen et le renouvellement d'un certain nombre d'autres accords. La question d'un éventuel accord-cadre, traité pour l'instant au niveau des experts, a également été abordée mardi, a précisé Micheline Calmy-Rey au cours du point de presse qui a suivi la rencontre.

Pas d'esquives

Benita Ferrero-Waldner a eu pour sa part quelques mots aimables à l'intention du seul pays qui a soutenu l'Autriche en l'an 2000, lorsqu'elle était ostracisée par Bruxelles pour cause d'alliance gouvernementale avec un partenaire peu recommandable. «J'aurais aimé, a-t-elle assuré, signer l'accord sur la science et la recherche qui vient d'aboutir, mais le texte n'est pas tout à fait prêt à cause de problèmes de traduction.»

Les deux ministres des Affaires étrangères n'ont pas esquivé la question du contentieux fiscal. «La défense des intérêts mutuels peut parfois se révéler un peu rude», a commenté Micheline Calmy-Rey, en dévidant une partie de l'argumentaire du Conseil fédéral contestant les prétentions européennes sur la question, assortie d'un avertissement encore inédit: «Si les Suisses voulaient réviser leur système fiscal, l'UE pourrait se trouver aux prises avec un concurrent encore plus compétitif.» Benita Ferrero-Waldner a refusé d'évoquer l'existence d'un contentieux fiscal, préférant parler d'un problème d'aide d'Etat résultant d'un traitement différent des bénéfices réalisés à l'étranger. «La Commission européenne attend le mandat du Conseil des ministres, nous allons être patients et nous allons entrer en discussion», a-t-elle conclu.

L'ouverture de la délégation de la Commission européenne a d'une façon générale été accueillie chaleureusement à Berne. Le PDC, notamment, y voit un premier pas vers un accord-cadre qu'il appelle de ses vœux. L'UDC, par contre, dénonce l'ouverture d'une officine de propagande et invite le Conseil fédéral à garder à l'œil le nouvel ambassadeur Michael Reiterer. L'ASIN exprime les mêmes préoccupations, mais en se félicitant de l'ouverture de la délégation, qui montre au moins que la Suisse sera jamais membre de l'UE. Micheline Calmy-Rey n'avait pas tenu un langage très différent dans le courant de la matinée, en se félicitant de ce que l'ouverture de la délégation européenne signifie une reconnaissance de l'alternative que représente la voie bilatérale. Ce constat risque d'avoir de la peine à passer dans les rangs de son parti, qui a inscrit l'adhésion dans son programme électoral, à en juger par les premières réactions enregistrées mardi.