Ce sera le dernier plat de résistance du Grand Conseil vaudois actuel, et l'un des enjeux majeurs de la prochaine législature: le Plan directeur cantonal (PDCn). Signe de l'importance du dossier et des polémiques à venir, l'objet a exigé un travail exceptionnel de la commission parlementaire: près de six mois de travail et une quinzaine de séances pour venir à bout des centaines de pages qui décrivent le développement du canton de Vaud pour les prochaines décennies.

Le rapport de la commission devrait parvenir aux députés ces prochains jours, pour un débat prévu à la rentrée des vacances de Pâques. Il y a urgence: si l'objet n'est pas bouclé avant la fin de la législature, le 30 juin prochain, tout le travail parlementaire devra repartir de zéro. Mais même si les députés parviennent à voter le PDCn d'ici là, les autorités cantonales issues des élections des 11 mars et 1er avril prochains n'échapperont pas au dossier. Au contraire… Car le PDCn est lourd de menaces.

Le projet ne va pas faciliter les relations avec les communes. Son principe central est explosif pour les localités de l'arrière-pays: le canton de Vaud a trois fois trop de zones à bâtir, malgré les 100000 nouveaux habitants prévus à l'horizon 2020. Sans intervention contraignante de l'Etat, les villas continueront donc de pousser chaotiquement, mettant à rude épreuve les infrastructures, notamment de transport.

L'Etat envisage donc de supprimer certaines de ces zones trop éloignées des «pôles régionaux»: les communes devront revoir leur plan général d'affectation pour se débarrasser de cet excès, à moins de se trouver dans le périmètre d'un centre. De quoi faire bondir les autorités locales et les propriétaires concernés.

La droite en porte-à-faux

C'est dire le poids qui pèsera sur les épaules des futurs conseillers d'Etat qui devront mettre en œuvre le PDCn. Il s'agira de faire passer la pilule auprès des communes hors des centres de développement. Des communes qui entretiennent déjà avec l'Etat des relations particulièrement tendues. A tel point que les candidats hésitent encore à prendre clairement position sur le sujet.

Le plus gêné aux entournures est Philippe Leuba, directeur de la Chambre vaudoise immobilière. Le libéral, qui tentera de défendre avec ses colistiers bourgeois le siège laissé vacant par Charles-Louis Rochat, est pris entre le projet gouvernemental, décidé par la majorité de droite, et les intérêts des propriétaires fonciers. De quoi botter en touche: «Le canton devra accueillir 100 000 habitants supplémentaires d'ici à 2020. Le devoir des politiques est de favoriser un développement harmonieux. L'urgence n'est pas à la suppression des zones à bâtir.»

Même réserve pour le sortant radical Pascal Broulis: pas question de supprimer des zones. Seules les nouvelles parcelles constructibles devront respecter le principe de proximité avec les transports publics. Sa colistière Jacqueline de Quattro abonde: «L'Etat doit favoriser l'implantation d'une majorité des nouveaux habitants dans les centres.» Tout en précisant immédiatement: «Sans oublier les régions décentralisées.»

La gauche unanime

Des quatre candidats de la liste bourgeoise, seul l'UDC Jean-Claude Mermoud défend totalement le principe du PDCn. Un minimum pour le chef du Département des institutions, dont dépend le Service de l'aménagement du territoire, et donc responsable politique du dossier. Ce qui ne l'empêche pas de rester prudent: «Certaines communes sont dotées actuellement de surfaces trop importantes de zones à bâtir. Il s'agira de définir des modalités en vue de les réduire.»

Moins de retenue à gauche: Anne-Catherine Lyon, Pierre-Yves Maillard et Josef Zisyadis soutiennent tous les trois le principe du PDCn, de peur de voir le canton devenir «un tapis de villas de Coppet à Avenches», précise le popiste. Même adhésion chez les Verts Philippe Martinet et François Marthaler, même si ce dernier préfère manier «la carotte du possible développement plutôt que le bâton de l'expropriation.»