Le Cycle d'orientation genevois du Foron est truffé d'amiante, et pourtant, les directives n'ont pas été respectées. Le Temps a appris que des travaux de rénovation ont été menés dans l'établissement scolaire alors que les experts mandatés par l'Etat l'avaient proscrit. Ministre libéral chargé des Constructions, Mark Muller confirme le fait, et le qualifie de «couac extrêmement malheureux». Au Cycle du Foron, 600 élèves, le malaise du personnel grandit.

Chez le concierge

A tel point que malgré la consigne de silence, certains ont accepté de témoigner. Comme la bibliothécaire Anne Mahrer, également députée, malade à cause de l'amiante (lire ci-dessous). Et comme cet enseignant, qui a découvert «avec stupeur» que des travaux avaient été autorisés dans l'appartement du concierge de l'école, alors même que toute intervention avait été interdite.

Peinture, rénovation et changement de la cuisine étaient au programme. Sous couvert d'anonymat, ce même professeur affirme que les ouvriers travaillaient «comme si de rien n'était, visiblement pas au courant qu'il s'agissait d'un milieu à risque». Ceci alors que les élèves et enseignants étaient présents dans le bâtiment, ajoute-t-il.

Rébellion des élèves

Le personnel du Cycle d'orientation a reçu, le 29 novembre, les excuses du secrétaire général du Département des constructions et des technologies de l'information pour ce «couac». Mais, selon cet enseignant, d'autres travaux à risque avaient été entrepris auparavant: «Un storiste a percé un plafond amianté dans une classe. Les élèves ont trouvé sur leur bureau de la poussière et ont refusé de prendre place», raconte-t-il.

Le conseiller d'Etat Mark Muller affirme n'avoir connaissance que du premier cas de travaux cité. Il assure que «la consigne avait été donnée aux collaborateurs du DCTI d'interdire tous travaux au Foron. Mais nous sommes à la merci d'entreprises qui ne respectent pas nos instructions. Des mesures ont été prises pour que cela ne se reproduise pas», déclare le magistrat libéral.

Scanners exigés par les profs

Reste que les collaborateurs sont de plus en plus inquiets. L'interdiction d'entreprendre des travaux dans le bâtiment faisait suite à un rapport sur l'amiante présenté au personnel du Cycle le 22 novembre, après que le Conseil d'Etat a annoncé que deux personnes collaborant ou ayant collaboré au Foron étaient malades de l'amiante. Anne Mahrer souffre d'asbestose, et un ex-directeur est atteint d'un cancer du poumon.

Les autorités restent prudentes: le lien entre leur contamination et le Foron n'est pas encore certain, affirment-elles. L'hypothèse d'une «contamination passive» sur une longue période n'est pas confirmée.

Le Conseil d'Etat a néanmoins promis, le 21 novembre, que les personnes ayant collaboré pendant au moins dix ans au Foron seraient examinées. Pas satisfaits par la proposition du médecin du travail cantonal qui voulait les soumettre à des radiographies, des employés ont exigé des scanners. Le canton a accepté.

Amianté du sol au plafond

Le rapport d'experts, dont Le Temps a pris connaissance, pose un diagnostic clair: du sol au plafond, le Foron est amianté. Il y en a dans les faux plafonds présents dans la quasi-totalité des classes, bureaux, ainsi que dans le local de projection de l'aula. Les faux plafonds présentent le plus grand risque, selon Vincent Perret, du Service cantonal de toxicologie industrielle et de protection contre les pollutions intérieures (STIPI): «Ils sont au-dessus des têtes des enfants, et on les déplace souvent. A chaque rénovation.» Au Foron, l'amiante est aussi logé dans le calorifugeage (ndlr: système qui réduit les déperditions de chaleur), les sols, la colle de carrelage présente dans les sanitaires à chaque étage.

Le personnel doit rencontrer ce jeudi les ministres Mark Muller et Charles Beer, chargé du Département de l'instruction publique. Mais ce que les employés veulent surtout, c'est un plan d'assainissement au plus vite. Ils exigent que les travaux soient menés durant l'été.

308 bâtiments étatiques

Pour le Conseil d'Etat, ce n'est que le début d'un long processus. Selon Vincent Perret, le canton de Genève n'avait pas entrepris de recensement systématique jusqu'à présent. Le matériau cancérigène est pourtant interdit en Suisse depuis 1990...

A Genève, quinze Cycles d'orientation sur vingt contiennent aujourd'hui de l'amiante. Plus globalement, 308 bâtiments étatiques sont concernés. Dont cent établissements scolaires, parmi lesquels septante-sept écoles primaires.

Le 21 novembre, le Conseil d'Etat annonçait que des dizaines de bâtiments à risques feront l'objet d'expertises. Le taux de fibres dans l'air sera examiné. Et après? Va-t-on désamianter la totalité de ces bâtiments?