La plupart des automobilistes suisses savent identifier une voiture de location au «V» qui frappe sa plaque minéralogique. Curieusement, aucune administration n'est apparemment en mesure d'estimer le nombre de véhicules loués dans l'ensemble du pays.

L'Office fédéral des routes estime que cette statistique est l'affaire des cantons, qui souvent ne prennent pas la peine de se livrer à cette estimation. Ils pourraient avoir très bientôt l'occasion de remédier à cette lacune, puisqu'ils devront très certainement frapper bientôt de nouvelles plaques: la Confédération devrait décider à la rentrée de supprimer ce «V» distinctif, comme le révèle Daniel Regamey, de l'Office des routes. C'est ainsi que de nouvelles plaques de location seront frappées par les cantons, mais cette fois sans le «V».

Cette disparition découle de la modification d'une ordonnance sur les assurances de véhicules, l'OAV, qui, dans son onzième article consacré aux différentes «catégories de risques», ne mentionne plus le statut de «véhicules de location». Ce changement, entré en vigueur le 1er mai 1998, est une conséquence de la libéralisation du marché des assurances. Jusqu'en 1996, les assurances pour véhicules étaient soumises pour contrôle à l'Office fédéral des assurances privées. La prime était calculée en fonction de la catégorie (cylindrée, puissance du moteur). Dans ce contexte, «le fait de louer des véhicules était considéré comme un risque accru», rappelle Daniel Regamey. Dorénavant, une assurance est conçue comme liant un client privé à un assureur, et le fait qu'un véhicule soit loué ne suffit pas à en faire une catégorie à part.

Initialement agendée au 1er octobre 2000, la suppression des plaques avec «V» ne se fera finalement que l'année prochaine. Il aura fallu deux ans pour régler des divergences dans le cadre d'une révision partielle de cinq ordonnances fédérales sur la circulation. Il y a eu quelques difficultés à concilier les points de vue des entreprises de location, de l'Association des services automobiles, et des assureurs. Une raison «sécuritaire» est avancée par les milieux professionnels pour supprimer le «V» des plaques: les professionnels de la branche souhaitent éviter que les touristes étrangers soient trop facilement identifiables et mis en danger, ce d'autant que la Suisse est un des derniers pays européens à afficher sur les plaques la qualité de véhicule de location.

Par ailleurs, et en guise de cadeau de 1er Août, l'Office de la circulation du canton de Fribourg a reçu du Conseil d'Etat une nouvelle compétence: elle lui permettra d'accorder des conditions avantageuses aux entreprises de location, pour autant que celles-ci aient leur siège en Suisse, et que le nombre de véhicules immatriculés dans le canton dépasse les 500 unités. Roland Klaus, directeur de l'office, est à l'origine de cette initiative: «J'ai déjà eu plusieurs contacts avec de grandes entreprises, mais il me fallait une base légale pour aboutir.» C'est chose faite: les autorités fribourgeoises ont compris l'intérêt qu'elles avaient à favoriser les marchés de la location automobile, qui était jusqu'ici une quasi-chasse gardée des cantons de Schaffhouse et de Vaud.

Durant des décennies, le canton de Schaffhouse a su mieux que tout autre favoriser fiscalement les grosses entreprises de location. Puis il y a quelque dix ans, il a été rattrapé par le canton de Vaud. «Une monstre bringue», se rappelle François Beljean, chef du Service cantonal des automobiles de Neuchâtel: «Le canton de Vaud a été très critiqué, lorsque certaines entreprises se sont installées à Lausanne.» Aujourd'hui, Fribourg encourt-il le risque de s'attirer les mêmes foudres? Roland Klaus, directeur de l'office fribourgeois, prend les devants: «Nous n'entendons pas mener de politique agressive. Nous nous efforçons de trouver une situation qui arrange l'administration et les loueurs de voitures. Nous devons pouvoir sortir 2000 permis en vingt-quatre heures en évitant la multiplication des petites opérations administratives.»

Avis divergents

Les autres cantons entendront-ils ce plaidoyer? «De toute façon, la concurrence en soi n'est pas malsaine», reconnaît le Neuchâtelois François Beljean, qui ajoute: «Avec 88 véhicules de location immatriculés dans le canton, ce n'est pas un marché pour nous.» Réaction similaire du côté de Delémont, où les 40 véhicules de location portant l'écusson cantonal ne représentent pas un enjeu déterminant: «Cela me laisse froid», lâche Philippe Receveur, directeur de l'Office des véhicules du canton du Jura. Son homologue genevois, Roger Jenny, est nettement plus agacé: «Cette sous-enchère me gêne. On ferait mieux de surtaxer l'essence et de rétrocéder leur part aux cantons. Surtout qu'une différence de 200 francs pour la taxe automobile entre Vaud et Genève, par exemple, est négligeable par rapport à l'entretien du véhicule.» La guerre intercantonale des voitures de location n'aura donc certainement pas lieu.