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Xavier Justo et sa femme Laura lors de leur conférence de presse samedi 17 mars 2018 à Zürich
© Sylvain Besson

Justice

Le lanceur d’alerte de l’affaire 1MDB sort du silence et attaque son ancien employeur

Xavier Justo a fait éclater le scandale des milliards détournés du fonds souverain malaisien 1MDB. Il affirme avoir été victime de techniques de manipulation médiatique pour salir sa réputation

Après plus d’un an de mutisme, le Suisse qui a fait éclater au grand jour le plus gros scandale financier des dernières années est sorti du silence samedi. Lors d’une conférence de presse organisée à Zurich, Xavier Justo a accusé son ancien employeur, la société PetroSaudi, d’avoir utilisé de savantes techniques de manipulation des médias pour salir sa réputation.

Les documents remis à cette occasion éclairent – un peu – les méthodes de gestion de crise et d’influence utilisées par les entreprises dans des dossiers judiciaires où les enjeux peuvent se chiffrer en centaines de millions de francs.

En 2015, Xavier Justo a été arrêté et condamné en Thaïlande pour avoir tenté de faire chanter PetroSaudi. Le Genevois exigeait quelque 2,5 millions de dollars en échange de la restitution de données volées dans les serveurs de l’entreprise. Il a été libéré après environ 1 an de détention. Depuis son retour en Suisse fin 2016, il était resté très discret.

Entre-temps, les données volées ont permis de découvrir le détournement de quelque 4,5 milliards de dollars du fonds souverain malaisien 1MDB. Dont 1 milliard à travers une joint-venture et des montages complexes entre 1MDB et PetroSaudi. Les deux entreprises ont jusqu’à présent rejeté les accusations de malversations. En Suisse, le Ministère public de la Confédération enquête depuis bientôt trois ans sur ces transactions.

Lire aussi: 1MDB, le scandale financier de la décennie en cinq questions

Narratif occulte

Aujourd’hui, Xavier Justo se bat pour rétablir sa réputation. Il a déposé plainte contre deux dirigeants de PetroSaudi, Tarek Obaid et Patrick Mahony, pour menace, chantage, extorsion et contrainte, entre autres griefs.

Actuellement en mains du MPC, la plainte affirme que PetroSaudi a fait pression sur Xavier Justo pour le pousser à s’accuser lorsqu’il était en prison en Thaïlande. Un détective privé anglais se faisant passer pour un policier de Scotland Yard lui aurait fait signer des aveux durant sa détention. Lui aussi est visé par la plainte.

Lire aussi: «J’ai trahi» – interview de Xavier Justo réalisée durant sa détention

Dans l’ombre, une société genevoise de «réputation en ligne», KBSD, élaborait des éléments de langage destinés aux médias. Selon des e-mails produits lors de la conférence de presse, KBSD agissait en sous-main, sans apparaître ouvertement, pour disséminer le narratif selon lequel Xavier Justo n’était pas un lanceur d’alerte, mais un maître chanteur intéressé par l’appât du gain.

Il s’agissait aussi de discréditer les médias d’opposition malaisiens comme le blog Sarawak Report, qui ont révélé les détournements massifs commis au préjudice du fonds 1MDB par des hommes liges du premier ministre malaisien, Najib Razak. 

Lire aussi: L’affaire 1MDB dévoile la diplomatie secrète du royaume saoudien

Xavier Justo affirme aussi qu’il n’a pas volé les données soustraites à PetroSaudi. Un ami, informaticien de l’entreprise, les lui aurait remises, à sa demande, en 2012, alors qu’il cherchait à «se protéger» après avoir quitté PetroSaudi.

Mais l’informaticien a catégoriquement démenti cette affirmation, lors d’une confrontation organisée le 5 juillet dernier par le MPC avec Xavier Justo. Un rapport de la société Protection Groupe International, commandé par PetroSaudi, affirme aussi que Xavier Justo a transféré de grandes quantités de données internes dans des e-mails envoyés sur son adresse personnelle en avril 2011.

L’avocat de PetroSaudi, Jean-François Ducrest, a réagi en termes secs à la conférence de presse: «Xavier Justo tente une nouvelle fois de réécrire l’histoire, accuse-t-il dans une prise de position écrite envoyée au Temps. Les versions nombreuses et contradictoires qu’il a délivrées aux médias depuis plusieurs mois ont mis à néant sa crédibilité. L’histoire est simple: Xavier Justo, un modeste employé de PetroSaudi, a volé des données et a fait du chantage à son ancien employeur. Le timing de cette conférence de presse soulève une question intéressante, la seule: qui est derrière Xavier Justo? Tout laisse à penser que les élections prochaines en Malaisie sont en lien avec cette conférence de presse ou rien de nouveau n’a été annoncé. Monsieur Tarek Obaid et le groupe PetroSaudi réservent leurs déclarations aux autorités compétentes  et attendent sereinement que la vérité soit établie hors gesticulation médiatique.»

Cet article a été modifié après publication pour reproduire l'entier de la réaction de l'avocat de Petrosaudi. La description de la société KBSD a été changée suite à des précisions données par son dirigeant, David Scholberg. 


L’affaire UBG: un versement très politique de 260 millions

Lors de son apparition à Zurich, Xavier Justo a rappelé que le principal dirigeant de PetroSaudi, Tarek Obaid, avait reçu 260 millions de dollars du fonds 1MDB pour acheter des parts dans une société immobilière appartenant à la famille du gouverneur du Sarawak Mahmud Taib, UBG. Les fonds sont passés par la filiale genevoise de la banque JPMorgan.

La transaction apparaît dans les données volées à PetroSaudi. Selon un proche du dossier, la raison du versement était purement politique. Il s’agissait de renflouer UBG pour obtenir le soutien de Mahmud Taib à la réélection du premier ministre malaisien, Najib Razak.

Le Sarawak est une province clé en Malaisie et les 260 millions de dollars représentaient en quelque sorte le prix à payer pour réélire le chef du gouvernement. Malgré le scandale 1MDB, Najib Razak est candidat à sa propre succession lors de nouvelles élections qui devraient se tenir avant l’été en Malaisie.

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