L’ancien directeur et chorégraphe de la célèbre compagnie de danse contemporaine genevoise Alias vient d’être reconnu coupable d’actes d’ordre sexuel commis sur une personne incapable de discernement ou de résistance (art. 191 du Code pénal). Le chorégraphe avait fait appel du jugement rendu par le Tribunal d’arrondissement de Lausanne fin août 2021. Il s’est donc présenté lundi devant la Cour d’appel pénale du Tribunal cantonal vaudois. Après délibération, celle-ci rejette son appel et confirme le jugement de première instance. L’homme écope d’une peine de 5 mois de prison avec sursis et de 5000 francs de tort moral.

Les mains du professeur

Ce chorégraphe a fondé en 1994 la première compagnie conventionnée de Suisse. Depuis son procès, les activités d’Alias et ses subventions sont suspendues. En tant que professionnel de la danse, il a également endossé le rôle de formateur. C’est justement dans le cadre d’un stage d’une semaine, à Lausanne en novembre 2018, que l’abus dont il vient d’être reconnu coupable a été commis.

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La plaignante, Julie*, avait alors 18 ans et était membre d’une compagnie junior. «Pendant un exercice au sol qui était censé clôturer la matinée, on devait déposer le poids de notre corps sur l’autre tout en fermant les yeux pour s’exercer à la danse-contact, expliquait-elle au Temps en octobre dernier. Durant une trentaine de minutes, il m’a complètement écrasée au sol, de manière à ce que je ne puisse plus bouger.»

Les mains du professeur se sont baladées sur son corps, «sous son t-shirt», «dans son training», sur «ses fesses» et sur «ses seins», a rappelé devant Cour d’appel pénale son avocate, Me Charlotte Iselin. Au cours de l’instruction, deux danseurs présents lors de cette formation ont témoigné en faveur de la danseuse.

Besoin de temps

Julie a mis du temps à réaliser ce qu’elle avait vécu, s’est enfermée dans une forme de déni et a eu de plus en plus de mal à danser, confiait-elle dans notre enquête sur les agissements de ce chorégraphe depuis plus de vingt ans. Sur ce point, son avocate souligne que sa cliente a «eu besoin d’un temps de réflexion pour comprendre les agissements qui ont eu lieu». C’est pourquoi Julie a déposé plainte contre le chorégraphe en février 2019.

L’avocat de la défense, Me Gaétan Droz, a, lui, indiqué que «la promiscuité entre les corps» est «naturelle» dans le milieu de la danse et que «cela peut donner lieu à des malentendus». Il a tenté de démontrer que la plaignante était en «capacité de réagir» physiquement ou verbalement, mais qu’elle ne l’a pas fait. Il a également répété que son client «a toujours nié toute intention sexuelle».

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Dans cette affaire, l’accusé donnait un cours à de «jeunes danseurs, qui cherchaient des places professionnelles, a pointé l’avocate de Julie. Il était le formateur, celui qui dirige, celui qui sait ce qu’il faut faire ou ne pas faire.» Mentionnant l’enquête du Temps, Charlotte Iselin a notamment rappelé que «plusieurs personnes ont décrit les mêmes faits» que sa cliente et que l’ancien directeur de la compagnie Alias «ne pouvait qu’être conscient de la portée de ses actes».