Justice 

L’ancien notaire genevois Didier Tornare se retrouve à nouveau en prison

Condamné il y a plus de vingt ans pour des malversations financières, Didier Tornare est désormais poursuivi pour avoir détourné plusieurs centaines de milliers de francs au préjudice d’une septuagénaire. Il est en détention provisoire depuis le mois de mai, a appris «Le Temps»

La prison de Champ-Dollon retrouve un de ses anciens pensionnaires. Et non des moindres. Vingt ans après avoir défrayé la chronique pour des malversations financières, l’ex-notaire genevois, Didier Tornare, est en détention provisoire, a appris «Le Temps». Il est prévenu d’abus de confiance et de gestion déloyale pour avoir détourné les fonds d’une septuagénaire particulièrement vulnérable.

L’enquête est menée par la section des affaires complexes du Ministère public genevois et fait suite à une plainte pénale déposée au mois d’avril dernier par Me Daniel Burkhardt, le curateur de cette dame malade dont la capacité de discernement n’est plus considérée comme entière. Le Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant a donné son aval à cette action en justice.

Le premier procureur Yves Bertossa confirme l’information et précise que l’ex-notaire a été placé en détention provisoire depuis le mois de mai dernier. «L’affaire porte sur plusieurs centaines de milliers de francs», ajoute le magistrat. L’enquête doit encore déterminer quelle utilisation a été faite de cet argent. Didier Tornare, âgé de 71 ans, est défendu par Me Malek Adjadj. En l'état, ce dernier ne souhaite pas s'exprimer sur la procédure.

Golden boy

Personnage emblématique des années faciles, où l’argent coulait à flots sur le marché immobilier du bout du lac, Didier Tornare s’était forgé une réputation flamboyante de golden boy et cultivait le vedettariat. Vice-président du FC Servette, proche de Bernard Tapie, il avait aussi lancé le célèbre groupe des Gipsy Kings en leur faisant enregistrer leur premier succès, et aimait fréquenter le gotha d'ici et d’ailleurs.

En 1992, son succès prend la forme d’une fuite en avant. Il ne présente pas des comptes à jour, comme le lui impose la loi. Sommé de s’expliquer, Didier Tornare démissionne et s’envole pour la Floride où il espère toujours acheter un hôtel de luxe. Car l’intéressé mène en parallèle une vie d’homme d’affaires en jonglant avec l’argent de ses clients. Poursuivi par la justice genevoise, il tente de se réfugier aux Bahamas mais il est arrêté à Nassau et refoulé vers les Etats-Unis. Il accepte finalement son extradition vers la Suisse.

Première condamnation

Le 16 décembre 1994, à l’issue d’un procès retentissant, la Cour d’assises du canton de Genève le condamne à 5 ans de réclusion pour des abus de confiance qualifiés et des faux dans les titres. Le jugement retient que l’ex-notaire, alors défendu par Mes Dominique Poncet et Bruno de Preux, a puisé 11,5 millions sur les sommes confiées par ses clients — beaucoup lui avaient pardonné — ainsi que sur les biens gérés pour le compte d’un ami. Une interdiction de pratiquer la profession est aussi prononcée pour une durée de 5 ans.

L’ancien notaire, qui a passé une année en préventive avant d’être libéré provisoirement contre le versement d’une caution de 650 000 francs, perd tous ses recours, échoue à faire baisser la sanction et n’obtient pas la grâce du parlement cantonal. Il effectuera le solde de sa peine avant d’obtenir sa libération conditionnelle et retrouver une existence plus discrète. Jusqu’à ce que la justice pénale le rattrape à nouveau.

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