Le miracle de l'anglais précoce n'a pas eu lieu. Il faut apprendre cette langue comme une autre. C'est la conclusion principale d'une étude réalisée dans le cadre du Programme national de recherche 56 «Diversité des langues et compétence linguistique en Suisse». L'anglais n'est pas cette langue à la valeur universellement reconnue et si proche des jeunes qu'ils l'aspirent avec les écouteurs de leur iPod. Auteur de l'étude, Daniel Stotz, professeur à la Haute Ecole pédagogique de Zurich et didacticien des langues, confirme: «L'anglais a perdu de sa magie. C'est une branche scolaire comme les autres, pour laquelle il faut s'efforcer si l'on veut obtenir des résultats.»

Une constatation qui devrait conforter les opposants à l'enseignement de deux langues étrangères au primaire, réduits au silence depuis que les votations populaires ont confirmé le choix politique de l'anglais précoce. Daniel Stotz ne veut pas raviver ce débat: «L'enseignement de deux langues étrangères est un but ambitieux, mais c'est ce que l'on a décidé. Il est surtout important que les enseignants soutiennent cette réforme, et qu'ils puissent bénéficier à la fois d'une bonne formation continue et de bons instruments pédagogiques.»

Une décision politique?

L'introduction de l'anglais n'est-elle finalement qu'une décision politique introduite sur le dos des enfants? «Non, répond clairement Daniel Stotz, les élèves apprennent l'anglais avec plaisir, mais pas pour les arguments avancés par les responsables politiques de la formation.» L'étude a été réalisée dans une commune de banlieue de Zurich et à Appenzell Rhodes-Intérieures. Elle a impliqué 189 élèves de 9 à 16 ans. Le choix des deux cantons n'est pas un hasard. Avant même le conseiller d'Etat Ernst Buschor à Zurich, qui a lancé en 2004 l'anglais dès la deuxième année, son collègue Carlo Schmid à Appenzell l'avait introduit dans son canton en 2001. Leurs arguments ont vite gagné toute la Suisse orientale et centrale. Face au français, l'anglais précoce s'imposait notamment en raison de l'affinité particulière des jeunes avec l'anglais, des exigences d'une économie toujours plus mondialisée et de la facilité des jeunes enfants à assimiler une nouvelle langue.

Selon l'étude du Fonds national, le vécu des élèves contredit une bonne partie de ces idées reçues. Peu d'élèves ont ainsi l'occasion durant leur temps libre d'être en contact de manière productive et interactive avec l'anglais. Les échecs scolaires déçoivent l'attente selon laquelle l'anglais permettrait de se faire comprendre partout. Enfin, les élèves répondent également que l'anglais n'est pas si important pour trouver une place d'apprentissage, contrairement à une bonne maîtrise du Hochdeutsch. «Notre étude n'avait pas pour but d'étudier les effets de l'enseignement d'une seconde langue étrangère sur l'allemand standard. A titre personnel, je suis persuadé que l'allemand n'en souffre pas», remarque Daniel Stotz.

L'étude, dans ses conclusions, regrette que l'on n'ait pas pris le temps d'évaluer l'enseignement du français avant de forcer, «à coup d'investissements financiers massifs», l'anglais comme première langue étrangère. A-t-on alors sacrifié trop vite le français sur l'autel de la logique économique? «Non, répond encore une fois Daniel Stotz, c'est une constatation purement scientifique. On aurait dû se pencher plus précisément sur l'enseignement du français, indépendamment de la question de l'anglais.» Le scientifique ne veut pas s'avancer plus loin. L'étude montre toutefois que les jeunes qui parlent une autre langue que l'allemand, langues romanes voire même le turc, regrettent que le français ait perdu en importance.