Le Temps: Dans l'affaire des «523», le conseiller d'Etat UDC Jean-Claude Mermoud s'est heurté de vives résistances, notamment de la part de l'Eglise protestante et des œuvres d'entraide. En vous engageant pour appliquer la nouvelle loi vaudoise sur l'intégration des étrangers et la prévention du racisme, donne-t-il un gage à ces milieux?

Magaly Hanselmann: Je n'ai pas été formellement nommée par Jean-Claude Mermoud mais par Henri Rothen, chef du Service de la population. Comme je serai seule pour remplir un cahier des charges exigeant, il faut pouvoir compter sur le plus d'appuis extérieurs possible, qu'il s'agisse des communes, des associations d'étrangers ou des membres de la société civile. Sans oublier les Eglises, d'où l'utilité de mon expérience au CSP.

- Le débat sur l'intégration des étrangers ne cesse de rebondir. Christoph Blocher notamment propose d'imposer des cours de langues nationales. Qu'en pensez-vous?

- Je n'ai pas de position a priori sur le fait de les rendre obligatoires. Les cours sont importants surtout pour les personnes n'ayant pas de contacts avec l'extérieur, essentiellement des mères au foyer. Mais concrètement, comment les imposer? Les lier à l'octroi ou au prolongement du titre de séjour ne réglera pas le problème. L'apprentissage des langues est très important pour accéder au marché du travail, mais il serait réducteur de focaliser l'intégration sur ce seul aspect. D'autres outils ont fait leurs preuves.

- Lesquels?

- Par exemple la formation de médiateurs interculturels qui puissent intervenir dans les hôpitaux ou à l'école, comme Vevey le fait. L'Eglise protestante agit discrètement mais efficacement pour éviter la formation de ghettos, par exemple à Aigle: le quartier de la Planchette est composé à 80% de personnes immigrées, étiqueté «socialement sensible» et coupé du reste de la ville par les voies de chemin de fer. Le diacre Serge Paccaud a plusieurs projets pour renforcer les contacts dans ce quartier, comme la fête des couleurs 2007 qui réunira les 6 et 7 juillet les ressortissants d'une septantaine de pays.

- Pourquoi est-on parvenu, dans les années 1970, à intégrer une forte immigration italienne, espagnole et portugaise, sans disposer de délégués à cet effet?

- Dans les années soixante, il y avait deux ou trois principales communautés relativement bien organisées, alors que maintenant, la diversité des migrants est énorme; quelque huitante langues sont représentées dans des villes comme Renens dont plus de 54% de la population est sans passeport suisse. Je veux chercher ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise.

- La nouvelle loi vaudoise sur l'intégration ne s'applique pas aux sans-papiers, qui seraient au nombre de 15000...

- Le débat a été tranché par le parlement, on ne peut pas le refaire. Ce dont je me réjouis, c'est que l'intégration ne s'adresse plus aux seuls permis B et C, mais désormais aussi aux admissions provisoires (permis F), dont beaucoup de titulaires séjournent depuis longtemps en Suisse. Or à ces personnes, certaines écoles, comme des écoles d'infirmières, restent fermées, en dehors de demandes très spécifiques. Il y a là matière à faire progresser le débat.

- La criminalité des jeunes migrants?

- J'aimerais faire une analyse plus précise des statistiques pénales disponibles. Le discours médiatique se focalise sur des faits divers comme s'ils étaient représentatifs de l'ensemble du débat. Ils en font certes partie, mais on manque d'informations chiffrées à ce sujet, ce d'autant que l'égalité des chances des migrants n'est pas assurée sur le plan professionnel. Et les familles d'étrangers ont peut-être peur, elles aussi, de vivre dans ces quartiers.