Public Eye et Médecins du Monde tirent la sonnette d’alarme. Mercredi, les deux ONG ont déposé une opposition au brevet de Novartis sur le Kymriah auprès de l’Office européen des brevets. Selon elles, cela relèverait d’une utilisation abusive des droits de propriété.

Le Kymriah est une thérapie génique qui consiste à reprogrammer les lymphocytes T (globules blancs) de patients afin qu’ils reconnaissent et attaquent les cellules cancéreuses. Ce traitement est autorisé en Suisse depuis octobre 2018 et permet de lutter contre deux types de leucémie. Dans un avenir proche, il pourrait aussi soigner d’autres types de cancers. Le Kymriah présente toutefois un inconvénient de taille: chaque injection coûte 370 000 francs.

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Les ONG inscrivent leur recours dans le cadre d’une critique plus large de la privatisation de la santé. En effet, elles considèrent que le Kymriah a été développé dans un contexte de recherches financées publiquement. Pour Public Eye, «comme la commercialisation du traitement n’est pas liée au brevet, sa révocation n’aurait aucune influence négative sur la disponibilité du Kymriah». L’ONG avance que les hôpitaux publics auraient un accès facilité à la thérapie: à terme, cela éviterait que le prix du traitement ne soit revu à la hausse.

Les recommandations de Santésuisse

Pour que les coûts de la thérapie ne pèsent pas sur les patients suisses, la faîtière des assureurs Santésuisse recommande à ses membres de participer à une indemnisation à hauteur de 200 000 francs par patient. En mars dernier, la faîtière s’est adressée à la Commission fédérale des prestations générales et des principes: elle exige que le recours au Kymriah soit une prestation obligatoire au sens de la loi sur l’assurance maladie. Elle précisait qu’en cas d’inefficacité de la thérapie, les assurés n’auraient pas à assumer le fardeau de la facture.

Placé sur le banc des accusés par les deux organisations, Novartis dit plancher actuellement sur leur recours. Le groupe bâlois expliquait en octobre dernier vouloir établir «une tarification juste, basée sur la valeur du produit et supportable pour les systèmes de santé nationaux».