Portrait

L’anti-gaspi qui va guider le Parti vert’libéral

Le Bernois Jürg Grossen va remplacer Martin Bäumle à la tête des Vert’libéraux. Il dirige depuis vingt-cinq ans une entreprise spécialisée dans les économies d’énergie et le photovoltaïque

Agé de dix ans, le Parti vert’libéral suisse va changer de président. Le 26 août, le Bernois Jürg Grossen, 48 ans, va succéder au père fondateur du parti, Martin Bäumle. La présidence va aussi changer de style. Au froid Bäumle va succéder un homme plus chaleureux. «Mais ne vous fiez pas aux images trompeuses. En commission, je n’ai jamais hésité à attaquer avec virulence le président du groupe UDC Adrian Amstutz», nuance l’intéressé. L’UDC, il connaît: il a grandi et vit toujours dans la vallée de la Kander, un fief de ce parti. Adolf Ogi, Albert Rösti, l’industriel et ex-conseiller national Hansruedi Wandfluh sont du coin.

Jürg Grossen n’est venu à la politique que sur le tard. «Je ne suis pas issu d’une famille engagée en politique. Mais j’ai toujours voté», se souvient-il. En 2007, il a rempli un questionnaire smartvote et c’est alors qu’est apparue la révélation: c’est au Parti vert’libéral, créé cette année-là, qu’il s’identifiait le mieux. «Ce parti correspondait à ma façon de penser. Mais il n’existait alors qu’à Zurich», reprend-il. L’année suivante, une section fut créée dans le canton de Berne. Jürg Grossen s’est alors rallié au mouvement pour qu’une antenne naisse aussi dans l’Oberland bernois. Après avoir échoué aux élections cantonales de 2010, le PVL bernois connut le succès lors du renouvellement du parlement fédéral en 2011. «Avec l’accident de Fukushima, une fenêtre d’opportunité s’était ouverte pour nous. Nous avons mis les gaz et décroché deux sièges», rappelle-t-il.

Chef d’entreprise à 25 ans

Libéral, Jürg Grossen l’est devenu tôt. Les circonstances de la vie l’ont propulsé chef d’entreprise à l’âge de 25 ans. Le patron de la société de planification électrique où il travaillait à Frutigen s’est tué dans un accident d’hélicoptère. Il l’a reprise avec son associé Peter Buchs. Vert, Jürg Grossen l’est devenu par son travail sur les économies d’énergie et l’énergie solaire. «Notre entreprise s’est développée dans ces deux directions», enchaîne-t-il en brandissant son smartphone, avec lequel il gère toutes les installations électriques et énergétiques du bâtiment de Frutigen. Logiquement, il se déplace en véhicule électrique, qu’il branche dès son retour au garage sur un réseau alimenté par des panneaux solaires.

Aujourd’hui, Jürg Grossen et Peter Buchs sont à la tête de trois sociétés qui emploient une quarantaine de personnes: Elektroplan Buchs & Grossen AG, ElektroLink AG et SmartEnergyLink AG. Ces entreprises proposent une panoplie complète de gestion des installations électriques, d’efficacité énergétique des bâtiments, de production photovoltaïque, de gestion domotique intégrée. Elles poursuivent un seul et même but: donner naissance aux bâtiments SmartGridready, dont la consommation énergétique sera la plus basse possible. Les systèmes mis au point à Frutigen ont permis de réduire de 24% la consommation électrique et de 51% la consommation calorique, calcule-t-il. Et c’est avec une évidente fierté qu’il brandit le Watt d’Or, cette distinction de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) obtenue en 2016 par son équipe.

Une femme plutôt qu’un Tessinois

C’est parce qu’il était convaincu que la lutte contre le gaspillage énergétique devait devenir prioritaire qu’il s’est engagé sur le terrain politique. Comme il n’a jamais pu être membre de la Commission de l’énergie du National – Martin Bäumle occupe la seule place attribuée au PVL –, Jürg Grossen s’est battu à l’extérieur du parlement, «en faisant valoir mon expérience professionnelle», pour défendre la Stratégie énergétique 2050, qui consacre l’abandon progressif du nucléaire et son remplacement par des ressources renouvelables.

Le politicien s’est aussi engagé personnellement en faveur de l’initiative populaire du PVL qui voulait remplacer la TVA par une taxe sur l’énergie. Un fiasco: l’initiative a été rejetée par 92% des votants en 2015. Des regrets? «Ce fut brutal. Nous avions espéré un contre-projet, mais tout le monde nous a tapé dessus. Pour un jeune parti, ce fut néanmoins une expérience enrichissante. Nous voulions franchir trois, quatre, voire cinq étapes à la fois. C’était trop. Mais nous y arriverons. Il faudra bien un jour introduire des taxes d’incitation», analyse-t-il en fixant le prochain rendez-vous à la révision de la loi sur le CO2, qui prendra en compte les résultats de l’Accord de Paris sur le climat.

Direction d’entreprise et sensibilité environnementale, libéral et vert: a priori, Jürg Grossen a toutes les qualités pour présider le PVL. A un détail près: sa formation est davantage urbaine que montagnarde. Ne se sent-il pas en décalage avec cette réalité-là? «Non, parce que mon parcours me permet de mettre en évidence un autre de nos engagements: la défense des intérêts des PME», répond-il. A peine élu, il devra, avec la cheffe du groupe Tiana Moser, gérer la succession de Didier Burkhalter. Il a sur ce point une position prédéfinie: «Si les qualités des candidats(e) s sont jugées égales, je privilégie la désignation d’une femme plutôt que d’un Tessinois. Au Conseil fédéral comme dans notre entreprise, la présence des femmes est importante», constate-t-il en promettant toujours d’améliorer son français une fois élu.

Publicité