L’horizon du militant antispéciste incarcéré à Champ-Dollon depuis plus de dix mois s’éclaircit enfin. Accusé d’avoir caillassé des boucheries et vandalisé un abattoir entre janvier et novembre 2018, Matthias* vient d’être renvoyé devant le Tribunal de police genevois. Un procès devrait avoir lieu d’ici à la fin de l’année, comme l'a révélé mardi Le Courrier. Le jeune homme, bientôt trentenaire, comparaîtra aux côtés d’une autre activiste, actuellement en liberté.

«J’attends du Tribunal de police qu’il rectifie les violations de droits fondamentaux subies par mon client et le juge rapidement», prévient son avocat, Me Olivier Peter, qui va demander une mise en liberté immédiate. Il évoque plusieurs failles dans l’instruction menée selon lui de manière «inadéquate et orientée». «Il semblerait que la police ait procédé à des opérations de surveillance en marge de tout mandat, avance-t-il. Par ailleurs, la police a tout fait pour chercher des éléments à charge dans d’autres cantons, sans soupçons avérés, avec un zèle disproportionné.»

Une dizaine d’infractions

Caillassage de boucheries, fast-foods et magasins de fourrure, tags, occupation illégale d’un abattoir, saccage d’un autre: au total, une dizaine de faits sont reprochés à Matthias. Les dégâts s’élèvent à plus de 300 000 francs. Un montant contesté par la défense. Le jeune activiste est poursuivi pour dommages à la propriété, violation de domicile, contrainte et empêchement d’accomplir un acte officiel. «Plusieurs acquittements seront plaidés», précise Me Olivier Peter. Encore inconnue, la peine requise n’excédera vraisemblablement pas deux ans de privation de liberté, soit la peine maximale que le Tribunal de police est habilité à prononcer.

Lire aussi: Nouvelle prolongation pour l’antispéciste de Champ-Dollon

Depuis son incarcération, les soutiens de Matthias n’ont cessé de dénoncer une «affaire politique», instruite «pour l’exemple». Pour Me Olivier Peter, la procédure vise le mouvement antispéciste dans son ensemble et pas seulement des actes individuels. «Il y a clairement une volonté des autorités chargées de l’instruction d’intimider, de réprimer les convictions du mouvement. Ce n’est pas une affaire normale.» Compte tenu du «caractère disproportionné de la détention préventive», l’avocat du prévenu entend obtenir un dédommagement. Un ultime recours contre la décision de prolongation de la détention provisoire est actuellement pendant devant le Tribunal fédéral. 

Trois autres activistes amendés

De son côté, le Ministère public «conteste tout soupçon de partialité». Dix mois de prison pour avoir causé des dégâts matériels, n’est-ce pas un peu long? «La détention préventive se justifiait par les besoins de l’instruction et par le risque de récidive, lequel a été confirmé par la Cour de justice.»

En parallèle, trois autres militants antispécistes, poursuivis pour des faits de moindre importance, viennent d’être condamnés à des amendes allant de 500 à 1000 francs pour dommages à la propriété et violation de domicile. Ils sont reconnus coupables d’avoir tagué des affiches et les toilettes d’un McDonald’s en juin 2018 et, pour certains, d’avoir participé à l’occupation de l’abattoir Bell, à Oensingen, en novembre de la même année.

Lire aussi: Avec une première condamnation, l’antispécisme en Suisse vit un tournant

* Prénom d’emprunt