«Marie a eu des paroles blessantes à mon égard. Je n’ai pas envie de les évoquer, par respect pour la famille». Claude D., n’a guère changé depuis son premier procès du mois de mars qui a abouti à une sanction maximale et infinie. Certes, le prévenu n’a plus le crâne rasé et porte désormais des lunettes. Son allure est empreinte de bonhomie mais ses déclarations font toujours aussi froid dans le dos. Il lâchera aussi: «Si un ami me trahit, je suis capable de le tuer.»

Préméditation contestée

La Cour d’appel pénale vaudoise avait opté pour un service minimum en matière d’administration des preuves et prévu un interrogatoire express dans cette affaire pas comme les autres. C’était compter sans l’obsession du détail qui anime le principal concerné, lequel passe visiblement beaucoup de temps à lire son dossier dans sa cellule et veut le faire savoir.

Longuement, Claude D., condamné à la perpétuité ainsi qu’à un internement à vie pour avoir assassiné la jeune Marie en mai 2013, a égrené tous les éléments susceptibles d’infirmer le scénario d’une préméditation maléfique. Il explique avoir basculé dans le crime, comme emporté par une succession de facteurs exogènes.

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Sur ce point, les efforts de clarification de ses avocats, Mes Loïc Parein et Yaël Hayat, resteront vains. Obstinément, Claude D. ne veut pas évoquer cette longue discussion qui l’aurait poussé au pire, ni répéter les mots que sa victime aurait tenus. Il suggère s’être senti floué, lui qui ne voulait que le bien de cette jeune fille engagée sur une mauvaise pente.

«Un crime à chaud»

Lorsque la cour lui demande ce qu’il pense du sombre tableau dressé par les experts psychiatres, qui voient en lui un psychopathe, un récidiviste endurci et sans doute incurable pour fort longtemps, il répond: «J’ai tué deux fois, donc je comprends qu’on me traite de dangereux. De là à dire que je suis irrécupérable à vie, je trouve cela choquant».

Choqués, les parents de Marie le sont encore. Ils ont cette fois pris la parole, brièvement, pour lire un texte qui dit leur blessure, leur souhait de voir s’achever «ce procès de trop» et aussi s’arrêter «les tentatives pitoyables de relativiser ce crime». Leur conseil, Me Jacques Barillon, va jusqu’à évoquer «une extermination».

Sans nier l’horreur des faits, la défense est revenue sur cette relation improbable, intense et tragique entre un solitaire, tout juste sorti de prison, et sa future victime. «C’est un crime à chaud et non pas un crime à froid», a relevé Me Hayat pour contester l’assassinat. L’avocate demande à la cour de casser l’essentiel du premier jugement afin de faire de Claude D. un meurtrier ayant agi en état de responsabilité restreinte et pour lequel tout espoir ne doit pas être abandonné.

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Incurabilité débattue

«Défendre des valeurs, ce n’est pas faire preuve de laxisme», a enchaîné Me Parein en combattant un internement à vie non conforme au droit international et inapplicable en l’espèce en raison de la divergence des experts sur l’incurabilité définitive du prévenu. Cette lecture, le procureur général, Eric Cottier, ne la partage pas.

«Les conclusions des psychiatres sont concordantes», soutient le Ministère public, même si leur formulation n’est pas identique. Le parquet estime encore que la convergence entre les experts «n’est pas une exigence absolue» pour prononcer la mesure ultime. La cour d’appel bernoise vient pourtant de rendre un arrêt qui dit le contraire. Celui des juges cantonaux vaudois, dans cette affaire autrement plus sensible, sera connu ce vendredi.