Réfugiés

«L'appel de Neuchâtel» pour l'octroi élargi de visas humanitaires

A l'initiative de Médecins du monde, des ONG suisses soutenues par Ruth Dreifuss demandent au Conseil fédéral de prendre ses responsabilités et montrer l'exemple en permettant l'arrivée de réfugiés par avion

Après le dépôt d’une pétition réclamant l’accueil de 50 000 réfugiés syriens, plusieurs ONG humanitaires, à l’initiative de Médecins du monde, ont lancé mardi «L’appel de Neuchâtel». Il est destiné au Conseil fédéral et réclame l’élargissement des critères d’octroi de visas humanitaires. «Une formule légale et pragmatique pour que les victimes de la guerre puissent venir déposer une demande d’asile sans risquer une autre fois leur vie sur la route de l’exil», déclare l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, venue à Neuchâtel appuyer la démarche des ONG.

Pourquoi les réfugiés ne viennent-ils pas en avion, dont le billet serait bien moins onéreux que ce qu’ils versent aux passeurs?

«Pourquoi les réfugiés ne viennent-ils pas en avion, dont le billet serait bien moins onéreux que ce qu’ils versent aux passeurs?, me demande-t-on régulièrement, relève François Gemenne, chercheur à Sciences Po Paris et spécialiste des flux migratoires. Parce que les pays ne délivrent pas de visas. Or, comme l’a fait le Canada pour 40 000 réfugiés, l’octroi de visas humanitaires dans les ambassades, en plus de permettre aux réfugiés de venir en Europe et ailleurs dans le monde sans risquer leur vie, casserait le trafic mafieux des passeurs et permettrait de se donner les moyens d’organiser les flux, l’accueil et la répartition, en impliquant d’autres pays que les Européens.»

«Changer de paradigme»

«Il faut changer de paradigme, enchaîne Manon Schick d’Amnesty International Suisse. Ne plus renvoyer, éviter de faire face, ne plus marchander et externaliser de façon honteuse les réfugiés. Des faits et des sondages nous montrent que les Suisses sont disposés à faire quelque chose pour les victimes de la guerre en Syrie. Pour respecter la Convention de Genève de 1951 sur le droit d’asile, il s’agit de changer de politique.»

Il est indispensable de créer des passages sécurisés vers l’asile plutôt que de mener une politique de l’autruche.

Les représentants de Médecins du monde et de Médecins sans frontières réunis pour l’occasion constatent que la crise migratoire est d’abord une crise humanitaire et sanitaire. Ils constatent sur le terrain que les réfugiés sont aussi et d’abord des familles, des femmes et des enfants. «Il est indispensable de créer des passages sécurisés vers l’asile plutôt que de mener une politique de l’autruche», affirme Thomas Nierle de MSF.

«Il faut une décision politique»

Les signataires de «L’appel de Neuchâtel» rappellent que le recours au visa humanitaire est une pratique existante, mais qu’elle est bien trop restrictive. Seuls 189 visas ont été délivrés en 2015, disent-ils. Ils demandent que de tels visas soient attribués dans les ambassades, selon des critères élargis, mais précisés. «Il faut une décision politique, définir ce qu’est la vulnérabilité et donner un nombre», lance la conseillère nationale socialiste Cesla Amarelle.

Si la Suisse dit vouloir délivrer 5 ou 10 000 visas humanitaires, elle pourra inciter les autres pays à s’engager aussi.

Combien de visas humanitaires pour la Suisse? «5000, 10 000?, se demande le chercheur François Gemenne. Le Canada a montré que c’était possible et gérable. Il y a, le 19 septembre, une assemblée générale de l’ONU consacrée à la crise migratoire. Si la Suisse dit vouloir délivrer 5 ou 10 000 visas humanitaires, elle pourra inciter les autres pays à s’engager aussi.» Les ONG envisagent de réitérer leur appel à Bruxelles et Paris. La Suisse est interpellée, «mais de nombreux autres pays aussi, et pas seulement en Europe, mais également les Etats-Unis et les pays du Golfe», affirme Nago Humbert, fondateur suisse de Médecins du monde qu’avait créé Bernard Kouchner.

Rappelant son action en faveur de l’accueil des Kosovars en 1999, Ruth Dreifuss affirme que la solution des visas humanitaires est une bonne solution. «Il ne faut pas attendre que les autres agissent», dit-elle encore.

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