«Le loup a peut-être été abattu, mais il est quand même un peu tôt pour vendre la peau d'un ours qui, lui, est encore bien vivant.» Ce persiflage du président des radicaux valaisans, Léonard Bender, vise le conseiller d'Etat Jean-René Fournier, candidat cet automne au Conseil des Etats sur la liste PDC et donné par beaucoup comme déjà élu, même s'il n'est pas encore investi.

Une chasse gardée

Il faut dire que cette élection a toujours été une chasse gardée pour le parti majoritaire, avec l'immuable binôme d'un PDC du Valais romand et d'un jaune chrétien-social ou d'un noir du Haut-Valais, selon tournus.

Cette fois, pourtant, une petite lucarne de tir semble se dessiner pour les minoritaires: les jaunes, dont c'est le tour, devaient choisir hier soir leur candidat, entre le président de Viège, René Imoberdorf, parfaitement inconnu dans le Valais romand, et le financier Albert Bass, à la notoriété plus grande, mais guère populaire, y compris dans le Haut-Valais. Une mise en ballottage du candidat PDC haut-valaisan semble donc possible. Mais les minoritaires restent prudents: «Pour inquiéter le PDC il faudra avoir le soutien de tous les autres minoritaires au deuxième tour», explique le président du PS du Valais romand, Jean-Henri Dumont.

Léonard Bender refuse de parler stratégie ou alliance et se contente de marteler le principe: «Il n'y a pas que le Valais conservateur qui doit être représenté à Berne, mais aussi le Valais libéral et progressiste.» L'UDC, qui a annoncé hier la candidature de son secrétaire général Jean-Luc Addor, entend aussi, pour d'autres motifs, s'attaquer à la citadelle démo-chrétienne. Au nom, dixit le candidat «d'un rejet de la politique de centre gauche menée depuis des années au niveau fédéral, avec la complicité d'une partie du PDC».

Le Haut-Valais banni?

Reste qu'en cas de ballottage et de menace sur le siège germanophone, pas un suffrage du Haut-Valais ne se portera sur le candidat romand. Ce qui réduit à pas grand-chose les chances de l'UDC et des radicaux, très peu implantés outre-Raspille.

Léonard Bender contourne l'obstacle: «Les élus à Berne doivent être les représentants de tout le canton et pas d'une seule de ses régions.» Jean-Luc Addor, de son côté, affirme que, certes, sa candidature «n'est pas dirigée contre le Haut-Valais, d'ailleurs, j'aurai sûrement un colistier haut-valaisan», et que «l'ennemi reste la gauche». Mais «l'alliance des minoritaires devra se faire au soir du premier tour sur le candidat le mieux placé pour porter leurs espoirs». La contradiction n'est qu'apparente: Jean-Luc Addor est persuadé que cet homme providentiel, ce sera lui.

Le PS, avec sa section haut-valaisanne, le SPO, est mieux loti. L'ancien conseiller national Peter Jossen pourrait être sur les rangs. La rumeur parle même, en cas de deuxième tour, de l'entrée en lice d'un poids lourd comme Thomas Burgener ou même Peter Bodenmann.

«Rien n'est fermé», affirme Jean-Henri Dumont, qui n'exclut pas non plus la candidature d'un socialiste romand. Qui pourrait être une socialiste ou un des éléphants de la liste au National, Jean-Nöel Rey ou Stéphane Rossini. Côté radical, le nom de Léonard Bender circule.

Les minoritaires, en tout cas, ne manquent pas d'arguments pour entamer l'assurance du PDC: «Il n'est pas sain que le Valais ne soit représenté à la Chambre des cantons que par deux PDC, surtout que ce parti n'a qu'un interlocuteur au Conseil fédéral», estime Léonard Bender. Jean-Henri Dumont n'est pas en reste: «L'élection d'un socialiste aux Etats devrait arranger le PDC suisse, car cela permettrait de recentrer une Chambre très marquée à droite.»

Jean-René Fournier, lui, rétorque «la représentation de la minorité linguistique est plus importante que la répartition politique. On ne peut pas faire à longueur d'année des colloques sur l'unité cantonale et ensuite ignorer le Haut-Valais». Et retourne l'argument du danger pour le canton de mettre tous ses œufs dans le même panier PDC: «Rien de pire au Conseil des Etats que les deux voix d'un même canton qui s'annulent.»