L’apprentissage précoce serait inefficace

Alors que la Suisse romande introduit progressivement une deuxième langue étrangère à l’école primaire, certains cantons alémaniques songent au contraire à la supprimer. A l’instar de la Thurgovie, qui a décidé de reporter les cours de français au secondaire. Une menace pour la cohésion nationale? Les jeunes Alémaniques ne seront-ils plus capables de s’exprimer en français? L’argument émotionnel, brandi par les partisans du Frühfranzösisch, est balayé par une étude présentée mardi par le Tages-Anzeiger.

L’adage «le plus tôt est le mieux» ne se vérifie pas scientifiquement, selon les conclusions de cette recherche. «L’apprentissage précoce d’une langue étrangère ne présente guère d’avantages mesurables par rapport à un début plus tardif», affirme Markus Kübler, responsable de la recherche et du développement à la Haute Ecole pédagogique de Schaffhouse.

Un quart des cours minimum

Le chercheur et ses collègues ont épluché une trentaine d’études sur le sujet, menées ces douze dernières années à travers le monde, à la demande de l’Association des enseignants schaffhousois. Elles contredisent largement les prescriptions de la Conférence des directeurs cantonaux de l’Instruction publique, qui recommandent de commencer l’apprentissage des langues le plus tôt possible. Les experts admettent qu’une immersion linguistique précoce dans un environnement naturel – familial, social, etc. – est bénéfique, «mais ce type d’apprentissage ne peut être comparé à des heures de cours à l’école».

Pour être efficace, l’enseignement devrait au moins être dispensé par un maître dont il s’agit de la langue maternelle, dans de petits groupes de 8 à 10 élèves, précisent les chercheurs. «Et 25% des cours, au minimum, devraient être donnés dans cette langue», ajoutent-ils.

L’expertise jette un pavé dans la mare, alors que le débat sur les langues flambe en Suisse. Mais les adeptes de l’enseignement précoce ne sont pas les seuls à être égratignés. Les professeurs qui se plaignent de la surcharge des élèves en prennent aussi pour leur grade. «L’apprentissage d’une langue étrangère est un plaisir pour les enfants», selon l’étude. A Schaffhouse, seuls 20% des élèves ne s’estiment pas au niveau des exigences. Tandis que 60% des maîtres d’école pensent que l’enseignement est trop difficile et les enfants surchargés .