Pour la seconde fois ce mois-ci la commission chargée de trouver une solution pour stopper l'hémorragie des comptes de l'AI a décidé de ne rien décider.

Alors que les députés avaient depuis quelques semaines plusieurs variantes de financement sur la table, dont une hausse des cotisations salariales ou de la TVA, ils ont décidé de les renvoyer à leur sous-commission pour un nouvel avis. Officiellement, il aurait manqué aux spécialistes politiques de la sécurité sociale des informations pour trancher en toute connaissance de cause. Mais en coulisses, on avoue pourtant que c'est l'inflexibilité des partis et leur crainte de parler de hausse d'impôts ou de retenues sur les salaires à un an des élections fédérales qui bloquent les travaux.

Ne rien décider avant le mois de janvier

Les radicaux et l'UDC ont obtenu gain de cause vendredi en refusant de faire un choix sur les propositions en discussion pour financer l'AI. Grâce à leurs voix (12 contre 11), ils ont fait pencher la balance pour que rien ne soit décidé avant le mois de janvier, enterrant ainsi la dernière chance de voir le parlement s'attaquer en décembre à ce dossier eet, peut-être, de mettre en vigueur un plan de sauvetage en 2008 déjà. «La commission disposait pourtant de tous les éléments nécessaires pour prendre enfin une décision», fait remarquer le socialiste Stéphane Rossini. Les députés avaient le choix entre une hausse des cotisations salariales, une solution désormais soutenue par le Conseil fédéral, et une augmentation de la TVA. Deux propositions qui se déclinent sous diverses variantes.

«Les rapports présentés jusqu'à aujourd'hui étaient partiels. Nous avons demandé de plus amples informations chiffrées sur les conséquences de chaque modèle de financement», déclare le radical Yves Guisan (VD). Son collègue de parti Pierre Triponez, président de la commission, explique aussi que de nouvelles propositions ont été faites vendredi.

«Tout le monde incrimine le référendum lancé par les associations de handicapés (lire ci-contre) au lieu de discuter d'une solution. Je ne peux même pas dire quelle variante est susceptible de décrocher une majorité tant les positions sont confuses», lâche encore le Valaisan Stéphane Rossini.

L'UDC a définitivement affiché son refus d'affecter de nouveaux moyens financiers à l'AI, alors qu'elle penchait il y a peu pour la hausse des cotisations salariales. Les radicaux maintiennent leur opposition à cette ponction sur les salaires, même si leur conseiller fédéral Pascal Couchepin la défend aujourd'hui avec verve et même si une partie de leurs représentants en commission ne sont pas sur cette ligne. Christine Egerszegi (PRD/AG) a par exemple proposé vendredi d'introduire une hausse de cotisations salariales mais dégressive au fil des années.

La situation s'envenime à gauche aussi

Seuls le PDC et les socialistes ont tenu leurs positions initiales. Les démocrates-chrétiens ont toujours été favorables à une hausse de la TVA, quant à la gauche, elle a toujours prôné l'augmentation des cotisations. La situation s'envenime tout de même dans ce camp, car le cœur des syndicats balance entre ces deux solutions. L'organisation faîtière Travail.Suisse privilégie par exemple la TVA, ce qui n'est pas le cas de la plupart des organisations de défense des travailleurs. Mais qu'ils aient retourné ou non leur veste, c'est l'entêtement de chaque parti qui bloque la situation. «On ne perd que trois mois. Ce n'est pas si grave», estime Yves Guisan. Tout le monde n'est pas de cet avis. «L'AI perd 5 millions par jour. C'est dramatique de voir un dossier si important s'enliser dans les jeux partisans en prévision des élections de 2007», déplore Mark Zumbühl de l'organisation Pro Infirmis. Et il n'est pas le seul à le penser. «Le peuple choisit ses élus pour qu'ils gèrent les affaires du pays et pas pour qu'ils travaillent à leur réélection», entend-on du côté de la gauche.

Pierre Triponez a promis vendredi qu'une décision tomberait le 25 janvier, date de la prochaine séance de la commission. «Pascal Couchepin nous a avertis ce matin qu'il ne tolérerait pas de nouvelles tergiversations», avoue Yves Guisan, qui parie sur un ralliement à la solution du relèvement des cotisations salariales. Les partisans d'une hausse de la TVA pensent, eux, que le temps leur donnera raison.