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Beat Hächler a repris les rênes du Musée alpin en 2011. L’exposition actuelle interroge les visiteurs sur leur rapport à l’eau… et au loup.
© Florin Gasser

Identité suisse

L’âpre combat du Musée alpin

Choqué par une réduction sensible de la subvention fédérale, le musée bernois, qui célèbre la Suisse des montagnes, organise la résistance. L’institution «est menacée dans son existence», s’alarme son directeur, Beat Hächler

Il y a des jours où la bureaucratie atteint des sommets de cynisme. C’est ce qu’a dû ressentir Beat Hächler, le directeur du Musée alpin suisse à Berne, en recevant une lettre de l’Office fédéral de la culture (OFC) le 18 juin dernier. Dans un premier temps, l’OFC se réjouit de lui communiquer qu’il a retenu son musée parmi les treize qui recevront une subvention fédérale pour la période s’étendant de 2018 à 2022. Sauf que, dans le paragraphe suivant, il précise que cette subvention sera réduite d’un million à 250 000 francs par an dès 2019. «Notre musée est menacé dans son existence», s’alarme son directeur.

Expositions captivantes

Beat Hächler a repris les rênes du Musée alpin en 2011, une année charnière dans son histoire. Grâce à une forte mobilisation des élus des cantons alpins aux Chambres fédérales, ses partisans réussissent à doubler sa subvention pour atteindre le million actuel. C’est grâce à ce soutien décisif que le directeur peut entamer la modernisation de l’institution. Il relègue la collection permanente à la cave pour créer des expositions temporaires captivantes et même décoiffantes, qui rencontrent le plus souvent un large écho médiatique. Il y a eu le regard très critique du photographe autrichien Lois Hechenblaikner sur les excès du ski alpin; l’histoire du géranium, cette plante d’Afrique du Sud devenue un symbole helvétique, une exposition que les Genevois pourront voir prochainement au Jardin botanique; et enfin une grande fresque sur la montagne telle qu’elle apparaît dans une centaine de films suisses, signée par le scénariste et écrivain Antoine Jaccoud.

Ces mois-ci, le Musée alpin interroge ses visiteurs sur leur rapport à l’eau, mais aussi au loup. Sur une plaque tournante, deux bêtes empaillées: l’une représente le méchant et dangereux prédateur, l’autre l’animal loyal de meute, beau et racé. Le musée donne la parole aux acteurs concernés par ce thème, puis laisse le public se positionner, une démarche qui révèle un clivage ville-campagne. A l’entrée de l’expo, une caricature rappelant l’universalité du débat, qui touche des questions de migration comme de sécurité: on y voit une famille de réfugiés syriens qui croise le loup sur la frontière verte et lui demande: «Vous êtes aussi en fuite?»

Un musée identitaire

«Nous ne sommes pas un musée touristique. Notre but est d’aborder des thèmes identitaires qui provoquent un débat touchant le présent et l’avenir de la Suisse», souligne Beat Hächler. Aujourd’hui, le Musée alpin dispose d’un budget annuel de 3 millions de francs, dont un de la Confédération, 780 000 francs du canton de Berne et 90 000 francs de la Ville. Depuis son arrivée, Beat Hächler a développé une double stratégie. A Berne, le musée attire quelque 30 000 visiteurs. Mais il se déplace aussi dans les Alpes en organisant trois expositions à Mürren (BE), au Gornergrat (VS) et au sommet du col du Gothard (TI), lesquelles sont vues par 50 000 à 70 000 visiteurs.

L’OFC peine à comprendre l’indignation du Musée alpin et tente de calmer le jeu: «En l’incluant dans la liste des treize musées qui reçoivent une contribution, l’OFC reconnaît pleinement sa qualité», précise sa porte-parole Anne Weibel. Celle-ci rappelle que ce sont le Conseil fédéral et le parlement qui ont tenu à revoir la question des subventions dans le cadre du Message culturel 2016-2020. «Nous avons organisé un concours avec des critères transparents de manière à rendre une décision équitable.» Pour l’OFC, la baisse de subvention de 750 000 francs ne doit pas signifier la mort du Musée alpin. «Celui-ci devra vraisemblablement repenser ses priorités», admet Anne Weibel.

«Nous devrons nous battre»

Si, dans l’immédiat, le Musée alpin devra se contenter d’un budget réduit, il organise déjà la résistance. Il compte dans son comité de patronage des sénateurs influents, à commencer par Stefan Engler (PDC/GR) et Pascale Bruderer Wyss (PS/AG), auxquels on prête des ambitions pour le Conseil fédéral. Lobbyiste de la culture sous la Coupole, Matthias Aebischer (PS/BE) estime qu’il faut changer le statut du musée: «Nous devrons nous battre pour qu’il fasse partie des musées dont la Confédération est responsable.» Le combat n’est pas perdu d’avance, comme l’a montré le soutien du parlement en 2011.


Les Romands gagnants

Pour la première fois, l’Office fédéral de la culture (OFC) a lancé une mise au concours publique pour l’attribution des subventions aux musées dans le cadre d’une enveloppe annuelle de 5,9 millions par an.

Comité de six experts

Pour parvenir à une répartition géographique plus équilibrée, il a constitué un comité de six experts, dont quatre Latins: Roger Mayou, directeur du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Marie-Claude Morand, ancienne directrice des Musées cantonaux valaisans, Valérie Kobi, historienne de l’art, et Giovanni Pellegri, de l’Université de Suisse italienne. Ces experts ont tranché sur la base du rayonnement des institutions, de l’importance de leur collection et du degré d’innovation dans le travail de médiation avec le grand public.

Pour quatre musées romands, c’est une excellente nouvelle, et personne ne s’en plaindra: l’Ariana à Genève, l’Elysée à Lausanne, le Vitromusée à Romont et le Laténium à Neuchâtel font leur apparition sur la liste des heureux élus. Mais fallait-il dans cette opération sacrifier ou du moins couper les ailes du Musée alpin suisse? «Nous ne ressentons aucune rivalité avec les musées choisis, nous collaborons même parfois avec eux. Mais prendre aux uns pour donner aux autres, c’est du cannibalisme», regrette Beat Hächler.

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