Migrants

«L’Aquarius en Suisse? Les coûts seraient trop élevés»

L’armateur allemand du navire humanitaire exploité par SOS Méditerranée nourrit peu d’espoir de voir le navire battre un jour pavillon suisse. D’après lui, les difficultés financières et administratives imposées par le droit helvétique sont trop lourdes

Christoph Hempel, l’armateur allemand du bateau de sauvetage Aquarius, ne voit guère comment la Suisse pourrait sauver le navire actuellement bloqué dans le port de Marseille. Alors que des parlementaires suisses demandent au Conseil fédéral d’accorder le pavillon suisse à l’Aquarius, le fondateur de la société Jasmund Shipping (Brême) évoque le cadre légal helvétique, qui impose aux armateurs d’être basés en Suisse pour pouvoir enregistrer des navires.

Outre l’interpellation des conseillers nationaux Ada Marra (PS/VD), Guillaume Barazzone (PDC/GE) et Kurt Fluri (PLR/SO), diverses personnalités, dont l’ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey et l’ancienne procureure générale de la Confédération Carla Del Ponte, appellent les sept Sages à reconnaître le navire. Mardi matin, une pétition allant dans le même sens et munie de 25 000 signatures a également été déposée à Berne.

Le Temps: Pour quelles raisons soutenez-vous la cause de SOS Méditerranée?

Christoph Hempel: Nous nous sentons solidaires des missions de sauvetage entreprises par SOS Méditerranée. La convention des Nations unies pour le droit de la mer stipule d’ailleurs que toute personne en danger, quelle qu’en soit la raison et sans devoir présenter de visa, doit être sauvée. C’était déjà le cas avant la convention et c’est même censé être respecté en cas de guerre.

Beaucoup d’entrepreneurs auraient hésité à se lancer dans une entreprise aussi hasardeuse…

Il est vrai que j’ai sous-estimé les risques en signant le contrat en 2016. SOS Méditerranée aussi, d’ailleurs: nous n’aurions jamais imaginé que l’Aquarius deviendrait le centre du débat sur la crise migratoire en Europe.

Le Conseil fédéral doit se prononcer sur l’attribution possible d’un pavillon suisse au navire. D’après la loi, c’est possible pour des raisons humanitaires, mais seulement si le siège de l’armateur se trouve en Suisse. Qu’en pensez-vous?

L’espoir est mince. Nous sommes un petit armateur et n’avons que quatre navires. Je ne peux pas créer un bureau en Suisse qui s’occupe uniquement de l’Aquarius, les coûts seraient trop élevés. De plus, nous ne possédons que la moitié du navire; pour le transférer en Suisse, je devrais racheter les parts à ses autres propriétaires, ce que je ne peux pas me permettre financièrement.

Quelle autre solution y a-t-il à l’horizon?

Nous sommes en discussion avec d’autres Etats. Mais partout, des obstacles politiques se dressent sur notre route.

Vous n’avez qu’une semaine avant que le Panama vous retire du registre maritime. Que va-t-il se passer si aucune solution n’est trouvée d’ici là?

Dans l’immédiat, le navire n’aura pas le droit de naviguer sans pavillon et ne sera plus assuré. Il va donc devoir rester à Marseille, ce qui va coûter de l’argent, car nous devons maintenir un équipage.

A plus long terme, je n’en ai aucune idée. Cette histoire est inédite: je ne connais pas d’exemple où un navire s’est vu retirer son pavillon pour des raisons politiques.

Publicité