Alors que Berne concentre sa Haute école spécialisée dans la capitale et à Bienne, les responsables de la Haute école Arc disent vouloir «se battre avec conviction et dignité»

«Le paysage de la formation tertiaire est une jungle, mais on peut vouloir la domestiquer». Secrétaire général adjoint de l’Instruction publique bernoise, Guy Lévy a la métaphore luxuriante pour décrire les tensions nouvelles qui opposent son canton à la direction de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO). La semaine dernière, Berne annonçait son intention de concentrer sa HES sur deux sites, la capitale ainsi que Bienne, pour l’ingénierie. À 30 kilomètres de Neuchâtel, qui inaugurera en septembre un vaste immeuble pour les filières HES de la Haute école Arc, laquelle fait partie de la HES-SO. Au Temps lundi passé, Anne-Catherine Lyon, la ministre vaudoise qui préside la HES-SO, disait son «extrême préoccupation» à ce sujet.

Le canton de Berne est partenaire de la Haute école Arc, avec Neuchâtel et le Jura. Raison pour laquelle Guy Lévy fait preuve d’enthousiasme quant à la «jungle»: «Des filières existent déjà à Bienne, certaines en deux langues, par immersion. Mais ce n’est pas une concurrence. Et notre projet se situe à l’horizon 2020, nous avons neuf ans pour coordonner l’offre». «Aucune menace, mais une complémentarité intelligente», pressent le conseiller d’Etat neuchâtelois Philippe Gnaegi.

Les responsables de la Haute école Arc se sentent rassurés par le fait qu’ils ont désormais surmonté une épreuve fédérale. L’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT), dont dépendent 30% des budgets des HES, avait suspendu son appui pour les filières d’ingénierie de l’arc jurassien, les jugeant en dessous de la masse critique. En réaction, la Haute école Arc est passée de cinq à trois filières, en design industriel, microtechnique et informatique. Conçues expressément, assurent les ministres, pour le tissu économique local, avec des accents sur l’horlogerie ou les systèmes mécaniques. «La décision de l’OFFT a provoqué un sursaut d’orgueil», note la ministre jurassienne Elisabeth Baume-Schneider; «nous méritons cette école». La subvention fédérale, de 650’000 francs annuels, a été rétablie.

Directrice de la Haute école Arc, Brigitte Bachelard rappelle qu’en six ans, le réseau de l’arc jurassien est passé de 13 à cinq sites, avec une profitable concentration à Neuchâtel: l’installation des formations en informatique et en gestion d’entreprise dans la ville du Bas a provoqué une «hausse massive» – en proportion – des effectifs. Pour un prix par étudiant compétitif, insiste-t-elle: «Si nous étions démesurément chers par rapport aux écoles des grands cantons, juste parce que nous sommes petits, ce serait indéfendable».

Le fait que toujours davantage de places seront proposées dans l’ingénierie à Yverdon, Neuchâtel et Bienne, poussera les sites d’enseignement à faire preuve d’adaptation locale, assurent les responsables. Conseiller national (PS/NE) et conseiller auprès de l’Instruction publique de son canton, Jacques-André Maire juge «qu’aujourd’hui, il est surtout nécessaire de valoriser les filières d’ingénieur, car les besoins augmentent dans les entreprises, mais les vocations raréfient». Pour Elisabeth Baume-Schneider, «il serait péremptoire de dire que nous avons une garantie de pérennité pour nos écoles. Mais nous voulons nous battre avec conviction et dignité.»