La coupure de courant qui a privé de lumière la plupart des communes de l'Arc lémanique, pendant une heure mardi après-midi, était exceptionnelle. Exceptionnel aussi, à en croire MétéoSuisse, était le coup de foudre à l'origine de ce black-out. «Il est très possible que l'éclair qui s'est abattu à 14 h 42 sur la ligne de haute tension à Genève était ce que nous appelons un superbolt», indique Dean Gill, météorologue.

Le «superbolt» est un éclair très puissant, qui dégage une intensité de 150 000 à 300 000 ampères, c'est-à-dire cinq à dix fois plus qu'un éclair habituel. Son arc électrique part du sommet du cumulo-nimbus – ces nuages qui atteignent 10 kilomètres de hauteur —, alors que celui d'un éclair habituel part de la base du nuage. «Si un superbolt s'abat sur une voiture, ses occupants peuvent être tués», raconte Dean Gill.

Le météorologue penche pour un superbolt car ce type d'arc électrique assez rare (un sur dix éclairs) se déclenche essentiellement lors des orages d'hiver. «Il faudrait néanmoins examiner de manière approfondie nos enregistrements pour le déterminer», explique-t-il.

Les orages d'hiver sont également très rares. Sur le canton de Genève, la moyenne est d'un seul tous les quatre ans. Mardi, la foudre est tombée à une trentaine de reprises dans un rayon de 25 kilomètres autour de la station de météorologie située à l'aéroport de Genève. Le premier de ces impacts est celui qui a touché la ligne haute tension.

Malgré sa puissance, l'éclair ne suffit pas à expliquer à lui seul le black-out. Théoriquement, les installations électriques de haute tension sont conçues pour résister à la foudre. «Habituellement, lorsqu'un éclair touche une ligne, celle-ci se déconnecte, puis se reconnecte en quelques fractions de seconde», confirme Philippe Furrer porte-parole d'Energie Ouest Suisse (EOS), qui exploite le réseau à haute tension en Suisse romande.

Cinq lignes sur six coupées

Sauf que, mardi, après avoir reçu la foudre, la ligne de 220 000 volts entre Verbois et Fortaille, dans le canton de Genève, ne s'est pas réenclenchée. Pire: l'impact a provoqué la coupure du courant sur cinq des six lignes haute tension reliées à Verbois. Du coup, toute la charge électrique du canton de Genève s'est reportée sur le réseau à haute tension de Lausanne, qui transite par Fortaille. Une dizaine de minutes plus tard, ne supportant pas la surcharge électrique, le centre de Fortaille s'est déconnecté à son tour, plongeant l'Arc lémanique dans le noir.

Les ingénieurs d'EOS vont examiner les milliers de données enregistrées par les instruments de contrôle afin de déterminer les failles du système. «Après l'examen de ces boîtes noires, explique Philippe Furrer, nous saurons d'ici à une ou deux semaines si des éléments du réseau devront être changés.»

L'Office fédéral de l'énergie (OFEN) suit cet incident de près. «Nous constatons que cette coupure de courant a eu un impact régional, mais qu'elle ne s'est pas propagée à l'ensemble du pays comme cela avait été le cas en Italie», remarque Rainer Bacher, chef de la section des réseaux électriques à l'OFEN. D'après lui, le black-out du mardi 18 janvier montre plus que jamais l'intérêt de la loi d'approvisionnement en électricité (LApEl) adoptée par le Conseil fédéral le 3 décembre 2004. «Cette loi va permettre de garantir la sécurité d'approvisionnement de l'électricité», assure Rainer Bacher.

Selon la directrice des Services industriels de Lausanne, Eliane Rey, citée par l'ATS, cet incident montre également «la nécessité d'une interconnexion des réseaux de très haute tension (400 000 volts) entre la Suisse alémanique et la Suisse romande.»