Suisse alémanique

Large soutien populaire à une interdiction de la burqa à Saint-Gall

Victoire des conservateurs à Saint-Gall: la population accepte l’interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public. Ce résultat indique que la proposition, bientôt en votation fédérale, a de bonnes chances de récolter une majorité populaire

Saint-Gall devient le premier canton alémanique à se doter d’un article interdisant la dissimulation du visage. Dimanche, la population a approuvé à 66,6% une modification de la loi sur les contraventions, qui punit d’une amende le fait de se rendre méconnaissable dans l’espace public si cela représente une menace.

Le débat gagnera bientôt l’ensemble du pays, l’initiative du comité d’Egerkingen visant une interdiction générale de se dissimuler le visage ayant abouti en octobre. La clarté du résultat saint-gallois a de quoi donner des ailes aux partisans d’une loi «anti-burqa»: il montre que la proposition a de bonnes chances de remporter une majorité populaire. A Saint-Gall, face à l’UDC et au PDC qui ont porté ce texte, les arguments de la gauche, des Vert’libéraux et du PLR n’ont de toute évidence pas pesé très lourd dans la balance.

La ville dit oui

Une tendance attendue, dans un canton conservateur. Mais les 77 communes du canton ont dit oui; même dans la ville de Saint-Gall, plutôt libérale avec un parlement dominé par la gauche et le PLR, le oui l’a emporté à près de 54%. Andreas Widmer, président du groupe PDC au parlement cantonal, qui s’est battu pour faire passer ce texte, pense que le vote féminin a pu faire pencher le résultat. «Des femmes de gauche ont aussi dit oui. C’est un vote qui vient du ventre: la population ne tolère pas ceux qui se dissimulent le visage.»

Au Tessin, en 2013, la population avait validé une interdiction de se dissimuler le visage à 65%. Particularité à Saint-Gall: la loi précise que se rendre méconnaissable est punissable, pour autant que cela représente un danger pour la sécurité, l’ordre religieux ou la paix sociale. De nombreux observateurs s’interrogent sur l’applicabilité de ce texte et critiquent un changement inutile motivé par une politique spectacle: le canton dispose déjà d’un règlement lui permettant de punir le fait de se dissimuler le visage lors d’événements sportifs ou de manifestations.

L’élu PDC Andreas Widmer se garde bien de parler de burqa pour défendre la nouvelle loi: il s’agit surtout, dit-il, d’éviter que des hooligans déambulent le visage caché et commettent des dépravations, pas seulement sur les lieux d’un événement sportif, mais aussi lors de leur transport en train par exemple. «Des femmes entièrement voilées, Saint-Gall en aperçoit une poignée chaque année, essentiellement des touristes en visite à Bad Ragaz», admet-il.

Débat sur le vivre-ensemble

Pourtant, de façon inversement proportionnelle à sa présence dans l’espace public, le voile intégral a été très présent dans le débat qui a précédé le vote. Il n’était pas seulement question de sécurité, ni d’égalité entre hommes et femmes, mais de vivre-ensemble. Les partisans de son interdiction jugent ce vêtement contraire aux valeurs suisses et occidentales. Chez nous, on se parle à visage découvert, disent-ils en substance. Les mêmes arguments marqueront la discussion qui précédera la votation fédérale sur ce thème.

Publicité