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De l'argent d'Etats du Golfe, «mais pas d'Arabie Saoudite»

Depuis 2011, Nicolas Blancho a fondé 9 associations à visées internationales, autour desquelles gravitent des personnes controversées

Qui finance le CCIS? Nicolas Blancho a jusqu'ici toujours nié avoir obtenu des soutiens financiers à l’étranger. Il a admis y avoir prospecté mais uniquement pour de grands projets, comme une mosquée à Berne, devisé à 20 millions de francs, un projet gelé depuis. Mais aujourd'hui, il affirme: «Si je cherche des financements, je pars à l’étranger». Mais «jamais en Arabie Saoudite».

Les comptes 2013 du CCIS, les derniers disponibles, montrent une évolution nette des dons. Aux 133 000 francs de rentrées dues aux cotisations des membres s’ajoutent 193 000 francs venant de généreux donateurs. Qui sont-ils? Après avoir claqué la porte du CCIS, Oscar Bergamin, s’était confié au Temps: «J’ai vu comment en août 2011 à Koweit-City, Nicolas Blancho a reçu une enveloppe pleine de billets de banque». Il évoquera la somme de 50 000 francs. Son témoignage restera isolé.

Un succès d'abord relatif

La quête de dons se fait auprès de riches musulmans de Suisse, d’entreprises et d’organisations, détaille Nicolas Blancho. Quel genre d’organisations? «Nous avons présenté nos projets essentiellement auprès d’organisations qui appartiennent aux Etats du Golfe», affirme-t-il. Il admet dans un premier temps un succès relatif, permettant de financer de petits projets, avant de se rétracter en disant que «les projets présentés à l’étranger ne sont pas encore financés». Lui-même vit-il de ces soutiens extérieurs? Après avoir bénéficié de l’aide sociale jusqu’en 2007 environ, en 2011, il ne déclarait en tous cas ni revenu, ni fortune imposable, selon les documents officiels que nous avons pu consulter. Mais aujourd’hui il déclare: «Je ne suis pas subventionné par l’Etat, ni par les organisations que vous citez.» Mais encore? «Mes activités tournent autour du conseil et de traduction de livres ou de la production d’émissions télévisées».

Comment se fait-il qu’une organisation représentant 1% des musulmans de Suisse soit dans les petits papiers de riches organisations du Golfe? Cela s’explique par le réseau international construit par le président du CCIS. Nicolas Blancho a fondé pas moins de 9 associations à visées internationales depuis 2011. But recherché? Réunir les «savants musulmans», les récitateurs du Coran, défendre les musulmans d’Europe, aider «les nécessiteux», etc. Toutes ont leur siège à Berne, abritées par une société de construction boîte à lettre, SIB Swiss. Nicolas Blancho: «Elles ont besoin d’être enregistrées en Suisse pour demander une reconnaissance au sein de l’ONU et des organisations internationales, et pour le prestige.»

Un cheikh du Qatar

La plupart sont peu connues. Mais en 2014, Nicolas Blancho fait enregistrer à Berne deux associations d’importance dans le monde arabe: Qoranona et Aziz Aid. Leur président est un cheikh du Qatar, Abdulaziz Abdulrahman H.A. Al-Thani, membre de la famille royale. ll est surtout lié à la Qatar Charity, l’une des plus importantes sociétés caritatives du Golfe. Elle aurait appuyé financièrement les activités d’Al-Qaïda début 2000, selon des propos d’Oussama Ben Laden, dénonce le gouvernement américain. En France, Qatar Charity est connue pour financer des centres islamiques.

Ce n’est pas le seul lien international à la réputation controversée de Nicolas Blancho. Membre fondateur de l’association des Savants musulmans, le Yéménite Abdel Wahab Humaiqani est par exemple inscrit depuis 2013 sur la liste noire des terroristes des Etats-Unis, comme «Specially Designated Global Terrorist», soupçonné de soutien à Al-Qaïda dans la Péninsule arabique. Membre lui aussi des Savants musulmans, le Soudanais Abdul-Karim Mohammed aurait, selon Al-Jazeera, rassemblé autour de lui un groupe de jeunes s’autoproclamant comme le «Front islamique armé». L’un de ses collègues, Adel Hassan al-Hamad, un prédicateur controversé au Bahreïn, aurait appelé plusieurs fois la jeunesse à combattre en Syrie et aurait prêté allégeance à Al-Nostra. 

Liste pas reconnue

Un autre ami de Nicolas Blancho, l’imam Shefquet Krasniqi, invité en 2011 et 2013 par le CCIS en Suisse, a été arrêté l’an dernier au Kosovo, soupçonné d’avoir «prêché la haine religieuse». Nicolas Blancho défend ces connaissances: «Je vais être très clair: je n’accepte pas la liste des États-Unis pour définir qui est radical et qui ne l’est pas. Sur cette liste, il y a beaucoup de personnes que je connais personnellement et je sais très bien qu’elles ne sont pas liées au terrorisme.» Il n’y a pas que Washington à avoir porté des soupçons d’activités illicites sur son réseau. En 2007 déjà, son premier associé commercial a été condamné par le Tribunal pénal fédéral, notamment pour avoir fourni de faux papiers. Le Ministère public le soupçonnait alors de soutenir Al-Qaïda.


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