Isabelle* et Michel* sont «atterrés» par le courrier qu’ils ont reçu mardi de leur banque suisse, la Raiffeisen. Laquelle informe ce couple de frontaliers établis en Haute-Savoie et travaillant à Genève de l’introduction d’une «nouvelle taxe pour les clients domiciliés fiscalement à l’étranger à compter du 1er juillet 2013».

Le couple dispose de deux comptes dans l’établissement, dont Michel est même sociétaire. Qu’importe, le courrier est clair: «Ces derniers mois ont été marqués par une forte augmentation d’obligations légales dont la mise en œuvre engendre des coûts élevés. Il n’est malheureusement plus possible d’éviter de vous imputer ces frais.» Montant de la surtaxe: 240 francs par année. La missive offre toutefois une alternative: si le couple décidait de résilier ses comptes, la banque indique la marche à suivre pour «faciliter le transfert». Le tout sans frais, s’ils s’exécutent avant la fin du mois de juin.

Clientèle captive

Pour Isabelle, l’affaire est entendue: l’argent des frontaliers n’est plus le bienvenu à la Raiffeisen. «Le problème, explique-t-elle, c’est que nous sommes captifs: nous devons avoir un compte en Suisse pour pouvoir y travailler.» Dépité, le couple s’est adressé à une autre banque, Crédit Agricole Financements (Suisse), qui accueille volontiers son argent.

Le cas d’Isabelle et Michel n’est pas isolé. «Nous avons reçu plusieurs appels depuis le début de la semaine, raconte la porte-parole du Groupement transfrontalier européen, Laurence Coudière. Les banques augmentent les frais pour les clients non résidents, pour les inciter à fermer leur compte.» Ainsi, d’autres frontaliers, clients de La Poste, se plaignent d’une surtaxe de 5 francs par mois introduite au début de l’année.

Ces surtaxes avaient été annoncées l’an passé, et déjà appliquées dans certaines banques depuis l’été 2012. Mais la pression internationale accélère le phénomène. «Plutôt que de devoir se doter de coûteuses procédures en prévision de l’entrée en vigueur de la stratégie de l’argent blanc ou de l’échange automatique, les petites banques font tout pour fermer les comptes des frontaliers», confirme un banquier de la place.

Contactée, la Raiffeisen fait une autre lecture: «Il n’y a pas de volonté d’écarter les clients frontaliers, promet son porte-parole, Philippe Thévoz. Mais bien de répercuter la hausse des frais que ce type de clientèle occasionne en termes de procédures, outils informatiques, suivi juridique toujours plus complexes.» Et d’expliquer que Raiffeisen Suisse a recommandé, à l’échelle du groupe, une hausse des frais de 240 francs par an pour les clients fiscalement domiciliés à l’étranger. Libre à chacune des enseignes – coopératives autonomes – de suivre ou non la consigne. «Le tarif appliqué par Raiffeisen est dans la moyenne de ce qui est demandé dans les banques suisses», précise le porte-parole. Reste que cer­tains semblent faire du zèle: «Il y a deux ans, la Raiffeisen à Genève avait simplememt refusé de nous ouvrir un compte», assure Isabelle. Un cas de figure dont Philippe Thévoz assure ne pas avoir connaissance.

Aux frontaliers malheureux, le Groupement transfrontalier conseille de se tourner vers d’autres banques, qui les taxeront moins, ou pas du tout. Problème: «Aucune petite banque suisse n’a envie d’être le dernier refuge de cette clientèle», résume le banquier cité plus haut. Pour le conseiller général de Haute-Savoie Antoine Vielliard, la situation est inquiétante: «Il est paradoxal que la capitale mondiale de la banque ne soit pas capable d’offrir des services transfrontaliers bancaires abordables à cette clientèle, qui représente un tiers des actifs du canton!»