La création d’un «Réseau national de sécurité» pour la prévention contre la violence et les catastrophes à l’intérieur du pays, la suppression du chapitre «la sécurité par la coopération» avec la poursuite des engagements à l’étranger, une diminution quantitative de l’armée «au minimum requis» et le maintien du système de milice actuel: ce sont les principaux axes du projet de «Rapport de politique de sécurité 2010» adopté mercredi par le Conseil fédéral.

La menace militaire, toujours présente

Car, le rapport maintient ouvertes toutes les perspectives. Chacun effectivement, comme le mentionnait un cadre du Département de la Défense, «y trouvera un peu son compte». Catastrophes naturelles, terrorisme, attaques informatiques, crime organisé, la liste des menaces n’a guère évolué en dix ans. Et «la probabilité d’une menace militaire, directement contre la Suisse ou entre d’autres Etats, est actuellement très faible», mais ne peut être ignorée, admet le document.

Bref, «la stratégie en matière de politique de sécurité exposée dans le présent rapport ne diffère pas fondamentalement de celle du rapport 2000», avoue le Conseil fédéral. Mais le ministre de la Défense Ueli Maurer a malgré tout eu besoin de trois essais pour faire adopter son analyse, copieusement modifiée, par le Conseil fédéral.

Sur un point il aura obtenu satisfaction: la suppression du chapitre «la sécurité par la coopération» qui instaurait, dans les précédents rapports, une participation aux efforts militaires de promotion de la paix à l’étranger et le partenariat avec différents organismes internationaux, (ONU, OTAN). Mais en réalité, le Conseil fédéral réaffirme dans un long paragraphe la nécessité pour la Suisse d’un accroissement de ses capacités destinées à la promotion de la paix, en insistant sur une amélioration qualitative. Il prévoit de se concentrer sur les transports aériens, la logistique, le transport terrestre par des contingents armés, et les opérations sanitaires. Mais il n’exclut pas, par exemple, l’engagement à l’étranger de soldats professionnels du Détachement d’exploration.

Sécurité publique, espionnage, catastrophes

Autre signe d’une volonté de ramener la question de sécurité sur sol suisse, la création d’un réseau national de sécurité chargé de coordonner avec les cantons et communes les mesures policières pour la sécurité publique, le contre-espionnage ou la prévention des catastrophes.

«Pour l’armée, dit le Conseil fédéral, la stratégie la plus importante consistera à s’écarter de la perspective autrefois axée presque entièrement sur la défense territoriale pour devenir un instrument efficace contre des menaces et dangers de natures bien plus diverses». Mais, exemple de l’auberge espagnole qui caractérise ce présent rapport, on lit deux paragraphes plus loin que l’armée «doit renforcer sa capacité de défense contre une attaque militaire par un vaste système de défense qui vise une qualité élevée».

Toujours est-il que l’armée, pour des raisons démographiques mais aussi financières, devra maigrir «et se contenter d’un niveau plus bas vu les ressources disponibles». Tout en gardant une capacité à remonter rapidement en puissance en cas d’alerte. Pas question de toucher au système de milice avec des cadres professionnels, mais l’instruction de base, dans les écoles de recrues, pourrait être prolongée pour permettre d’alléger le nombre de cours de répétition.

Les moyens lourds, chars et artillerie, seront les premières victimes des réductions de moyens et d’effectifs. Mais aussi tout le système des forteresses et fortifications qui devra être rapidement abandonné. L’armée verra au contraire ses tâches d’appui aux autorités civiles renforcées.

Tout cela devra figurer dans un nouveau rapport consacré uniquement à l’évolution de l’armée. L’adoption définitive du rapport par le Conseil fédéral, avec le débat sur la nécessité d’acheter des avions de remplacement aux Tiger, devrait intervenir dans le courant de l’été.