Durant les premiers temps de la pandémie, l’armée a acheté des millions de masques à des prix très élevés. Mais face au risque de voir ces masques se dégrader et devenir inutilisables, la décision a été prise de les vendre aux cantons, aux écoles ou encore à des particuliers au prix symbolique d’un centime par pièce, pour éviter d’avoir à les détruire. Des associations en ont également reçu gratuitement.

Mais au-delà de l’argent perdu dans ces achats, le Tages-Anzeiger a mis en évidence un autre problème: parmi les masques revendus à moindre coût se trouvaient des masques chinois de mauvaise qualité. Selon le quotidien alémanique, ces masques ont été produits par l’entreprise chinoise Sichuan Zhengning Medical Instrument Co et achetés par l’armée au prix de 70 centimes par masque. Au total, 3,3 millions de ces masques ont été mis en circulation à partir de février 2021.

Deux à quatre fois plus de particules

Pourtant, un test réalisé en juin 2020 avait montré que la matière non-tissée de ces masques filtrait moins bien qu’un masque standard. Par comparaison aux autres masques évalués et au masque de référence, deux à quatre fois plus de particules parvenaient à traverser le tissu, selon un rapport de l’armée qui a été présenté au Tages-Anzeiger.

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Il est difficile de savoir à qui ces masques ont été distribués, l’armée ne divulguant pas les détails des ventes. Au printemps dernier, un communiqué annonçait que certains de ces masques avaient été acquis par des institutions de santé publique. Il est aussi possible que ces masques aient été utilisés par l’armée elle-même. Pour Margit Widmann, spécialiste du contrôle des dispositifs médicaux interrogée par le Tages-Anzeiger, ces masques peuvent donner un faux sentiment de sécurité alors qu’ils ne sont pas efficaces.

L’armée se défend en affirmant que la déclaration de conformité du fabricant ne présentait pas d’anomalies. Concernant le test de ces masques, l’institution affirme qu’il s’agissait d’un test comparatif n’ayant «aucune valeur quant au respect de la norme ou à la qualité d’un produit» mais qui était destiné à comparer l’efficacité de différents masques entre eux. Cependant, quelques jours plus tôt, l’Office bavarois de la santé et de la sécurité alimentaire avait également émis une alerte concernant ces mêmes masques. L’autorité allemande a pour sa part estimé qu’ils ne répondaient pas aux normes en vigueur et avait demandé le rappel des produits. L’armée a déclaré au quotidien alémanique ne pas avoir eu connaissance de cette mesure en Bavière.

Des masques défectueux ou contaminés

Ce n’est pas la première fois que l’armée se retrouve visée pour des problèmes liés à l’achat de dispositifs sanitaires depuis le début de la pandémie. Il y a tout juste un an, une autre enquête avait mis en évidence l’achat de 650 000 masques FFP2 moisis, défectueux voire contrefaits auprès d’une entreprise suisse, Emix Trading, a des prix très élevés compris entre 8,50 francs à 9,90 francs. Depuis cette société alémanique a été mêlée à d’autres affaires concernant les masques qu’elle a mis en vente.

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En mars 2021, l’armée avait annoncé avoir trouvé un arrangement avec l’entreprise. Emix Trading s’était engagée à remplacer 1,4 million de masques encore non-utilisés et stockés par l’armée par des masques ayant une date de péremption plus longue, sans coût supplémentaire. Mais dans l’opération, aucun remboursement de la marchandise défectueuse n’a été exigé.

L’armée avait aussi dû rappeler en juillet 2020 des stocks de masque distribués aux cantons et aux hôpitaux. Constitués en 2007 pour faire face à une éventuelle épidémie, ces stocks avaient été contaminés par des champignons. Les masques ne sont pas les seuls dispositifs sanitaires dont l’armée doit aujourd’hui gérer le surplus. Des stocks de gants ou encore de blouses ont aussi dû être écoulés durant l’année passée.