L’armée, source d’inspiration artistique. Improbable, mais pas irréaliste. Un jeune Vaudois de Romanel-sur-Lausanne vient de le démontrer, lui qui a produit une bande dessinée sur l’armée suisse pendant son service militaire. Nom: Egger. Prénom: Steve. Etats de service: soldat à Drognens, puis à Bière. Arme: chauffeur poids lourd. Formation: CFC de concepteur multimédia, qu’il s’apprête à compléter avec un CFC de dessinateur en bâtiment.

Depuis son plus jeune âge, Steve Egger a le crayon dans la poche. Aussi, lorsqu’il est appelé sous les drapeaux, décide-t-il de «mettre à profit un temps plutôt inutile au service de ma passion». En secret, il dessine, «dans un style entre la ligne claire de Tintin et les mangas». Une fois rentré chez lui, il repasse le trait sur une table lumineuse, scanne les dessins puis met les couleurs à l’aide d’une tablette graphique. Un travail de trois ans.

«Dans mon camion, le soir, je faisais des croquis. A l’armée, il y a des anecdotes à foison, vécues ou entendues. J’ai tenté de transformer cela en une histoire cohérente.» Son personnage principal, la recrue T.Cole, sert de prétexte à quarante histoires drôles, des planches mordantes ou ironiques, critiquant gentiment la hiérarchie ou la cohésion nationale. «Je ne voulais pas cracher sur l’armée, explique Steve Egger, mais toucher des points sensibles, par exemple le prix des avions de chasse.»

Son humour plaît. Pour preuve, son profil Bienvenue à l’école de recrues, lancé en mai dernier sur le réseau social Facebook, a aujourd’hui dépassé les 5000 aficionados. Et ses dessins ont franchi le Röstigraben, preuve que les Suisses partagent encore une certaine vision de l’armée. Ce succès vient apporter un démenti aux éditeurs sollicités qui ont refusé de publier les aventures de T.Cole.

Recherche de fonds

Devant l’intérêt que sa BD suscite sur la Toile, Steve Egger décide alors de tenter le crowdfunding (financement participatif) pour payer l’impression de 1500 exemplaires. Il vise 9000 francs, le montant du devis de son imprimeur, sur la plateforme suisse «we make it» qui, en cas de succès, empochera 10% de commission. Après dix jours seulement de lancement, Bienvenue à l’école de recrues a déjà réuni 7500 francs provenant de 128 contributeurs.

L’auteur promet à ces derniers un exemplaire gratuit et des planches originales pour les plus généreux. «Dans ce genre de donation avec petite compensation, 854 campagnes ont eu lieu en Suisse l’an dernier, dont une majorité ont été couronnées de succès, atteste Damien Conus, avocat spécialiste du crowdfunding et enseignant à la Haute Ecole de gestion à Genève. La moyenne suisse des fonds levés pour les BD est de 6002 francs. Ce qui est spectaculaire ici, c’est la rapidité avec laquelle ces fonds ont été levés. Le succès préalable de sa BD sur les réseaux sociaux n’y est certainement pas pour rien.» Le 27 juillet, soit quelques heures après la parution de cet article, Steve Egger est parvenu à réunir la totalité de la somme. «Après, j’irai chez les grands libraires pour leur proposer ma BD.» Avec un espoir: publier en suisse-allemand et en italien. Et une dernière blague: offrir un exemplaire à Ueli Maurer.