Par le passé, on avait l'habitude de voir l'armée engager d'énormes moyens, notamment par le biais des troupes du génie, lorsque survenait une catastrophe de l'ampleur de celle qui a ravagé la moitié du pays cette semaine. Cela explique pourquoi certains se sont étonnés de ne pas assister, cette fois-ci, au même déploiement. En fait, il faut savoir que, sous le régime d'Armée XXI, le contexte n'est plus le même. Certaines troupes de sauvetage n'existent plus, d'autres sont encore en formation, et le parlement a voulu délimiter plus clairement les engagements subsidiaires de l'armée.

«A titre subsidiaire»

«Nous devons ainsi veiller à ne pas faire de concurrence aux entreprises privées», explique le chef de l'armée, le commandant de corps Christophe Keckeis. Ce problème est notamment apparu à Engelberg, où un pont aérien a dû être créé pour évacuer la population et les touristes. Or, des transporteurs privés interviennent aussi dans ce domaine et, contrairement, à l'armée, ils facturent leurs prestations: «Nous devons être fair-play.»

Le secrétaire général du Département de la défense, de la protection de la population et des sports, Markus Seiler, insiste sur le fait que l'armée n'intervient «qu'à titre subsidiaire» dans ce genre de situations. Elle répond aux requêtes des cantons qui font appel à elle. «C'est le fédéralisme qui veut ça: chaque canton est responsable de son territoire», insiste Christophe Keckeis.

Pour cette raison, les forces militaires ne peuvent être engagées qu'au terme d'un certain délai. «Mais celui-ci peut être très court. A Berne, il ne s'est déroulé que trois heures entre le dépôt de la requête et l'engagement des troupes», poursuit Markus Seiler. «Cela n'empêche pas les militaires qui se trouvent sur place d'offrir leur «aide spontanée au moment de la catastrophe».

Les exigences du service

Les soldats engagés sont ceux qui sont déjà en service. Il s'agit prioritairement de ceux qui sont en cours de répétition ainsi que certains autres contingents, comme celui de la Swisscoy. Ne pourrait-on pas mobiliser davantage de monde lors de situations d'urgence? «Il faut pouvoir assurer le même service sur toute l'année», répond le chef de l'armée. Il dit avoir pu faire face aux soixante sollicitations des cantons, à deux exceptions près: faute de matériel ou de personnel spécialisé disponible, un ponton et une grue n'ont pu être fournis. En revanche, un nombre important de pompes a pu être livré, essentiellement mardi. Au total, un millier de militaires étaient à pied d'œuvre mercredi.

Des politiciens de l'UDC se sont demandé s'il était judicieux d'envoyer des hélicoptères en Bosnie et au Kosovo alors qu'on en aurait besoin en Suisse centrale. Christophe Keckeis rejette le grief: sept Alouette III et quatre Superpuma ont été mobilisés pour les intempéries, et il en reste bien assez en réserve sans qu'on ait besoin de faire revenir ceux qui sont dans les Balkans. «Nous avons eu des échos positifs des huit cantons qui ont fait appel à nos services, ainsi que de la Ville de Berne», conclut Christophe Keckeis.