Le conseiller fédéral en charge du Département de la défense (DDPS) Guy Parmelin a dû s’y prendre à deux fois pour que le gouvernement adopte le message sur l’armée 2017. C’est désormais chose faite. Trois crédits sont soumis au parlement: 900 millions de francs pour le programme d’armement, 750 millions pour le matériel d’armée et 461 millions pour le programme immobilier du DDPS. Additionnés, ces trois crédits représentent le 40% du budget annuel de l’armée, fixé par les Chambres fédérales à 5 milliards de francs (20 milliards sur la période 2017-2020). 

Guy Parmelin a plus ou moins tenu le cap des dépenses plébiscitées par une majorité du Parlement. Les milieux militaires et les défenseurs de l’industrie d’armement se sont montrés très nerveux suite à la suspension par le Vaudois, en mars 2016, du projet de défense sol-air 2020 Bodluv alors en cours d’évaluation. Ce projet aurait dû être porté dans le programme d’armement 2017 pour une somme d’environ 700 millions de francs étalée sur plusieurs années.

La Commission de la politique de sécurité du National s’est inquiétée que les fonds alloués à l’armement puissent être intégralement utilisés, même sans ce projet. Le message du Conseil fédéral publié jeudi indique que «le report du projet DSA 2020, le plus important du programme d’armement 2017, permet de soumettre des acquisitions qui n’auraient pu être réalisées qu’ultérieurement, voire pas du tout.» Le divisionnaire Claude Meier, chef de l’État-major de l’armée précise : «Directement, il n’y a pas eu de pertes dues à la suspensions de Bodluv au niveau de ce message.»

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De 5000 à 6000 heures de vol

Dans le détail, la moitié du crédit destiné à l’armement (450 millions) doit servir à prolonger la durée d’utilisation des avions de combat F/A-18, qui fait justement partie des projets avancés par le DDPS. Les trente rescapés de la flotte doivent voler jusqu’en 2030 environ, «jusqu’à la fin du processus d’introduction du nouvel avion de combat», note le Conseil fédéral. Il était prévu au départ de les utiliser jusqu’en 2025, lorsqu’ils auront atteint 5000 heures de vol. L’objectif de la prolongation est désormais de les exploiter jusqu’à 6000 heures de vol. Il s’agit pour cela de renforcer la structure de l’avion.

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Pas de capacité de bombarder

Le ministre Guy Parmelin, dans une première version du message sur l’armée 2017, a proposé au gouvernement un crédit de 20 millions pour équiper les F/A-18 de la capacité de bombarder. Une démarche contestée au sein même du Conseil fédéral. C’est ainsi que le Vaudois a dû revoir sa copie pour en soustraire ce crédit, selon la dernière édition de la Zentralschweiz am Sonntag. Guy Parmelin n’en prend pas ombrage. Il explique qu’il jugeait nécessaire de mener ce débat aujourd'hui, «avec ce qui se passe au niveau européen et international». Il précise que «le Conseil fédéral juge préférable d’attendre les résultats du groupe d’experts pour mener une discussion avec tous les éléments en mains».

Pour le reste du programme d’armement, une forte dépense (225 millions) est prévue pour un réapprovisionnement «extraordinaire» des stocks de munitions. A ne pas confondre avec les munitions achetées pour l’usage ordinaire des soldats. Ce stock doit servir à la troupe uniquement en cas d’engagement, c’est à dire de conflit ou attaque terroriste sur sol suisse.

Le maintien de la valeur du système intégré d’exploration et d’émission radio est devisé à 175 millions de francs et l’acquisition de composants informatiques pour le centre de calcul Campus à 50 millions.

Nouvelle convention avec le canton de Genève

Pour le matériel d’armée, le crédit d’ensemble de 750 millions se découpe en divers crédits-cadres, dont 173 millions de francs qui serviront à financer l’étude préliminaire en vue de l’achat d’un nouvel avion de combat.

Au niveau du programme immobilier 2017, le DDPS soumet neuf crédits d’engagements et un crédit-cadre au parlement. Une somme de 27 millions est sollicitée pour que la convention de location signée en novembre avec le canton de Genève pour l’utilisation d’immeubles à Epeisses et Aire-la-Ville puisse entrer en vigueur et remplacer le contrat relatif à la place d’armes.

Le programme immobilier comprend également des crédits pour la base aérienne de Payerne, qui servira de base principale assurant le service de police aérienne 24 heures sur 24. Des projets d’un montant de plus de 300 millions de francs sont prévus pour l’aérodrome pendant les cinq à dix prochaines années.

Le Département de la défense souligne que ces dépenses pour l’armée profitent aussi à l’économie suisse. Il chiffre à plus d’un milliard de francs les participations directes et indirectes offertes à l’économie privée.