Depuis quelques années, les Suisses peuvent s’aventurer dans les anciennes forteresses conçues pour protéger le pays d’un possible envahisseur. Comme à Saint-Maurice, par exemple. Mais la stratégie de défense dépassait de loin la maintenance de ces impressionnantes installations militaires tenues longtemps secrètes. Des centaines d’ouvrages civils contenaient des explosifs, lesquels sont en passe d’être démantelés, comme le rappelle le «Financial Times» qui s’est intéressé à ces travaux dans un article paru récemment.

Le quotidien économique anglais cite le cas d’un pont reliant la Suisse à l’Allemagne, entre Stein, dans le canton d’Argovie, et Bad Säckingen. Ce pont renfermait jusqu’à tout récemment des explosifs pouvant être actionnés en cas d’attaque. Il devait être «nettoyé» avant la fin de l’année 2014, délai que l’armée suisse s’est donné pour démanteler l’entier du dispositif des explosifs permanents 75 («Permanentes Spreng-Dispositiv 75» ou PSD 75) adopté à la fin des années 1970.

Mais les Suisses ont commencé à miner leurs ouvrages bien avant la Guerre froide. Durant la Première Guerre mondiale déjà, l’armée était prête à couper le pays ou une partie du pays pour freiner l’avancée de l’ennemi et se donner le temps de se préparer à l’affronter. Ponts, tunnels, routes, pistes d’atterrissage pouvaient potentiellement exploser. A son apogée, le dispositif comprenait 2000 structures, dont le tunnel du Gothard. Disséminés aux quatre coins du pays, plusieurs centaines d’ouvrages minés sont restés en place à la fin de la Guerre froide. Tous ceux qui étaient chargés en permanence devaient être désarmés d’ici à la fin de 2014.

L’existence de ce réseau était connue, en tout cas en Suisse. Mais beaucoup moins ce tardif démantèlement. Dans le «Financial Times», Michael Rohrer, responsable des constructions à Bad Säckingen, déclare qu’il n’était absolument pas au courant du potentiel explosif de ce pont. Le porte-parole du DDPS, Christoph Brunner, explique que la durée des travaux, 25 ans après la chute du mur de Berlin, découle de la complexité de la tâche et de la quantité d’objets concernés. Et d’insister sur le fait que ce n’est pas le risque encouru par la population qui est à l’origine du démantèlement mais l’évolution des menaces.

Sur son site internet, le DDPS explique que le nombre restreint de spécialistes à disposition est aussi à l’origine la durée relativement longue de ces travaux, sans oublier les importantes mesures de sécurité qui devaient à chaque fois être mises en place.