La largeur du fuselage d'un avion militaire de transport, ainsi que le nombre de ses moteurs, deux ou quatre, recèle quantités d'informations: ils renseignent sur les capacités d'emport de l'appareil, sa puissance, son rayon d'action et la nature des missions qu'un gouvernement entend lui confier.

Les Forces aériennes suisses sont précisément à la recherche d'un, sinon deux avions de transport. Appelée à intervenir davantage à l'extérieur des frontières helvétiques, comme l'y engage le rapport de politique de sécurité 2000 rendu public le 10 juin, l'armée n'a pas les moyens logistiques de ses nouvelles ambitions. Durant l'opération d'assistance humanitaire Alba en Albanie, à laquelle le Conseil fédéral vient de mettre un terme, elle a loué un bimoteur de fabrication Casa à l'armée espagnole pour effectuer des allers et retours entre la Suisse et Tirana. Sans cet avion, elle n'aurait pas pu transporter dans des délais raisonnables les matériels nécessaires à l'installation d'un camp aux abords de l'aéroport de la capitale albanaise.

Les Forces aériennes n'ont pas encore fixé leur choix sur un type d'avion de transport. Et pour cause. La procédure d'évaluation qui précède la plupart des achats militaires importants n'a même pas commencé.

Mais une autre procédure est en cours. Elle consiste, en quelque sorte, à «prendre les mesures». Les Forces aériennes ont envoyé vendredi et pour quatre jours une mission de quatre personnes – deux techniciens et deux pilotes – auprès de l'armée de l'air espagnole, a indiqué au Temps le colonel Beat Neuenschwander, chef de la planification de l'armée de l'air suisse. Aucun vol d'essai n'est prévu, mais, à la place, une inspection minutieuse de deux appareils militaires, un Casa C-235 (bimoteur) et un Hercules C-130 (quadrimoteur). Cette visite s'inscrit dans le partenariat qui lie les forces aériennes des deux pays à la faveur d'un mémorandum of understanding signé l'an dernier.

«La Suisse n'a pas d'expérience opérationnelle en termes de logistique de transport, relève le colonel Neuenschwander. C'est la raison de cette mission en Espagne. Elle doit nous donner un aperçu du management des grandes charges et nous renseigner sur le type d'avion dont nous avons besoin.» Les caractéristiques des appareils auscultés diffèrent. Le Casa C-235 consomme moins de carburant, il est moins cher à l'entretien, mais sa capacité d'emport n'est que de six tonnes contre vingt à l'Hercules C-130 quadrimoteur. De même, le rayon d'action du premier est inférieur à celui du second.

Ainsi comparé, l'Hercules C-130 présente des avantages supérieurs à ceux du bimoteur. C'est compter sans la politique. Le diamètre du fuselage dépend de la nature des missions qui seront confiées aux troupes suisses intervenant à l'étranger, dans le cadre régulier d'une nouvelle loi militaire, laquelle n'a pas encore été votée.

Le parlement aura à choisir entre deux types d'interventions militaires: l'une, plus humanitaire que militaire, épouse le modèle de la participation suisse à l'opération Alba. S'il s'en tient à cette option, un bimoteur tel que le Casa C-235 suffit. Mais cet appareil ou d'autres de même volume sont trop petits pour transporter des véhicules semi-blindés. Si les militaires suisses n'en ont pas eu besoin en Albanie, ce n'est pas le cas de ceux qui prendront part, dès septembre, au sein de la Swisscoy, aux opérations de la KFOR au Kosovo et qui circuleront à bord de véhicules semi-blindés. D'ici là, les Forces aériennes ne disposeront pas en propre d'avions de transport, mais le constat est posé: sans avion de transport de gros volume, la Suisse n'est pas en mesure d'assurer seule le déplacement d'un détachement réclamant du matériel lourd, alors que la tâche qui attend les soldats suisses au Kosovo est en soi modeste.

L'autre choix qui s'offre au parlement est de doter les Forces aériennes d'un avion qui ne soit pas un avion de compromis entre les «interventionnistes» et les «isolationnistes» façon Christoph Blocher. Cet appareil – ou ces deux appareils puisqu'il semble indispensable d'en posséder deux en cas de panne sur l'un – aurait une capacité d'emport n'obligeant pas la Suisse à demander l'assistance d'un Etat étranger lors d'un transport aérien.

Au final, le statu quo?

Mais les parlementaires pourraient aussi bien se contenter du statu quo, jugeant satisfaisant le système des locations temporaires d'appareils, cette solution s'inscrivant en outre dans une logique de partenariat rompant avec la doctrine de l'autonomie des moyens. Toutefois, un avion de transport n'est-il pas devenu, avec le développement des opérations aéroportées, l'un des armements de base qu'une armée se doit de posséder?

La décision d'acheter un ou deux avions de transport militaires n'est formellement pas prise. Responsable de ce dossier au Groupement de l'armement, Jürg Weber estime que l'achat d'un appareil, quel qu'en soit le modèle, «ne figurera probablement pas au programme d'armement 2000, à moins que le Conseil fédéral, changeant les règles, ne décide d'acquérir un avion sans préjuger de la marque et avant le début formel d'une procédure d'évaluation». Il pourrait, à l'inverse, temporiser jusqu'à la remise, mi-2000, du plan directeur de la future armée.