Devant un flip chart représentant un dessin cabossé d’une carte de la Suisse, le chef du commandement des Opérations de l’armée, Aldo Schellenberg, pointe des postes-frontières. Face à lui, une quinzaine de journalistes claquent des dents dans le vent glacial qui s’engouffre dans la douane de Boncourt (JU). «Depuis le 16 mars, les 1935 kilomètres de frontières entre la Suisse et ses quatre grands voisins font à nouveau l’objet de contrôles Schengen stricts, explique le militaire. Mais pour appuyer les douanes, nous sommes là.» Et ceci n’est pas un exercice.

Trente mille personnes refoulées

Pour prêter main-forte aux douaniers, une cinquantaine de militaires professionnels sont venus renforcer les effectifs des grands postes-frontières suisses. «Le trafic avec les pays riverains a diminué de 70%, souligne Christian Bock, chef de l’Administration fédérale des douanes. Mais nous contrôlons désormais chaque voiture qui entre, ce qui engendre beaucoup de travail supplémentaire.»

Seuls les Suisses et les travailleurs frontaliers – dont les soignants disposent de voies rapides ou de macarons – sont encore en droit de passer la frontière. Toutefois malgré ces règles claires, 30 000 personnes ne remplissant pas ces critères ont été renvoyées aux bordures du pays ces deux dernières semaines. «Et un millier d’entre eux continuent d’essayer chaque jour», précise Christian Bock.

Les Français en vadrouille

Comme les grands points de passage sont devenus hermétiques aux non-ayants droit, ceux qui n’en font pas partie tentent de se frayer un passage du côté de la «frontière verte»: les petits chemins transfrontaliers sans surveillance particulière. «Dans les cantons de Jura et Neuchâtel, il y en a 35, détaille un porte-parole des douanes locales. Ils sont fermés mais les barrières sont régulièrement poussées. Cela peut être des trafiquants de drogue comme des ressortissants français en balade en Suisse puisque c’est interdit chez eux. Il faut qu’ils comprennent que maintenant ce n’est plus possible.»

Pour surveiller ces bordures sauvages, l’armée prête également main-forte: 330 miliciens ont vu leur cours de répétition prolongé de trois semaines. «Et dans deux semaines, ils seront 1000», souligne Aldo Schellenberg. Un hélicoptère militaire – «les yeux du ciel des douaniers» – complète l’arsenal mis à la disposition des postes-frontières. Les contrevenants pris sur le fait s’exposent à des amendes allant de 100 à 300 francs. «Toutefois, souligne Christian Bock, les nouvelles restrictions sont plutôt bien acceptées. Récemment, quelqu’un nous a même remerciés pour notre travail avec un gâteau.»